Casse-pipe sinois

Le 11/11 donc, Polochinelle, après 2 mois de supervision des travaux d'isolation de la machine, dans un sursaut (plutôt un pet) d'intelligence tardif, posait deux questions simples au siège d'Europa Techos : l'amiante étant prohibée (même en Sine !), 1. quel est ce matériau blanc irritant que l'on utilise ? 2. faut-il prendre des précautions particulières pour le manipuler ?

Les réponses, pour une fois, n'ont pas tardé... mais si elles se voulaient rassurantes et visaient à calmer le zèle sécuritaire du superviseur curieux, c'était plutôt raté. 1. "tu ne devrais pas poser ces questions, je vais me faire taper sur les doigts" (dixit la responsable sécurité d'Europa Techos, au chaud dans son bureau) 2. "nous vous envoyons d'urgence en DHL des masques FFP3 et des combinaisons intégrales étanches" (dixit le responsable d'affaire). Super.

Mais d'information précise, toujours pas. Après une petite enquête sur internet, il s'avère qu'il s'agit de "fibre céramique réfractaire", classé produit cancérogène de catégorie 2 en 1998. Catégorie 2, ça signifie en gros que les rats de laboratoire exposés à ce produit ont crevé tout comme, mais qu'on a pas encore trouvé de volontaire humain sur qui tester les effets nocifs. Bref, sans doute pas mieux que l'amiante, on manque simplement d'un peu de recul...

Lorsqu'on a vraiment pas le choix, et qu'il faut manipuler dix centimètres carrés de cette matière dans un atelier SNCF (par exemple), on envoie des scaphandriers. En Sine, les ouvriers travaillent sans masque et font leur pause clope le cul sur les rouleaux de fibre. Suivant une logique égalitaire discutable, les superviseurs tels Polochinelle n'ont reçu aucune information préalable, aucune recommandation, ni moyen de protection.

Si parfois le superviseur a un peu l'impression d'être abandonné en terre étrangère, seul au front avec son petit baluchon, il y a des jour où il se sent carrément envoyé au casse-pipe, à poil...


Posté le 02.12.2006 @ 13:25 par Loulou | Pas de commentaires |

Réunion avec Mr Dan

Avant de travailler en Sine, j'avais déjà des doutes sur l'utilité d'une réunion sur deux et il m'arrivait de penser qu'on gagnerait parfois du temps à ne pas en faire, surtout quand elles ne sont ni préparées ni bien cadrées. Dans ce coin de Sine, il n'y pas d'ordre du jour, pas de compte-rendu, les participants rentrent et sortent à toute heure, téléphonent, fument et parlent tous en même temps. Vous allez dire que j'exagère, jugez plutôt.

On dit souvent que les absents ont toujours torts. Ceux qui ne comprennent rien aussi. Bien qu'une traductrice soit présente aux réunions, elle ne peut pas suivre les multiples échanges simultanés, si bien que lorsqu'il y a un problème sur le chantier, PCC5 et Mongang s'expliquent et finissent immanquablement par tomber d'accord pour reporter la faute sur les superviseurs étrangers. C'est assez rageant... il est pratiquement impossible de répondre méthodiquement, point par point, un peu comme si on cherchait à faire une démonstration et qu'il nous manquait la moitié des équations.

L'autre caractéristique de ces réunions, c'est que Mr Dan, le responsable de l'usine n°2 de Mongang, n'en a jamais vu (d'usine) autrement qu'en photo. Il focalise alors sur des détails pris au hasard, croit-on, des points techniques qui sont en fait à sa portée et l'intéressent particulièrement, pour une raison qui nous échappe. Un exemple : imaginez qu'il s'agisse de construire une voiture, que 3 roues sur 4 soient soudées de traviole, que le pare-brise ait été cassé au montage et qu'un pot d'échapement troué traverse l'habitacle de part en part. Et bien Mr Dan, fumeur invétéré, nous prendrait la tête pour avoir les caractéristiques détaillés de l'allume-cigare... Et si, comme c'est souvent le cas, nous tardions un peu pour les lui fournir, il n'aurait aucun problème pour déclarer sans rougir que nous sommes entièrement responsables de tout report, peu importe la raison.

Pour la défense de Mr Dan, il faut bien avouer que le bureau d'étude d'Europa Techos n'est pas franchement au taquet, mais Mr Dan ne comprend déjà pas qu'en Europe on ne travaille pas ni le samedi ni le dimanche... Allez donc lui expliquer les 35 heures !


Posté le 13.11.2006 @ 07:11 par Loulou | Pas de commentaires |

Mais qui sont-ils ?

Comment vivent-ils ? Pourquoi sont-ils si différents ? ...

Il n'est pas question là de nos amis sinois, qui hormis quelques travers culturels déroutants (quel mélophobe fondu a bien pu inventer le karaoké ?) sont des gens comme vous et moi. Non, la véritable découverte ethnographique ici, l'étonnement au quotidien, provient de ces hommes de chantier, de la caste des superviseurs expatriés.

Sganarouille, Arlequon, Scatamouche et tous les autres, forment une veritable tribu (ils se retrouvent au gré des chantiers), avec leurs rites (la fréquentation des pires bouges locaux), leurs habitudes alimentaires (tout ce qui fait plus de 5°), leur jargon scato-technique et leur épopées de chantier racontées autour d'une bière.

Côté pile, ils sont millionnaires en miles Air France, et possèdent une femme (ou plus) dans chaque pays. Côté face, ils vivent entre l'hôtel et le chantier, et personne ne les attend plus chez eux...


Posté le 07.11.2006 @ 16:16 par Loulou | Pas de commentaires |

Au féminin...

Sur le chantier, certains ouvriers sont des ouvrières. En particulier, au terrassement (on les juge semble-t-il aptes aux travaux de force) et à la conduite des grues (serait-ce parce que cette tâche réclame prudence et raison ?).

Même chose du côté des "ingénieurs" Mongang : Miss San, la superviseuse de superviseur qui suit Sganarouille au quotidien, est une jeune femme, ce qui ne manque pas de lui attirer de nombreux commentaires sexistes et déplacés (encore que... elle est quand même vraiment casse-boulons) de la part des superviseurs étrangers. Comme quoi l'égalité des sexes n'est pas encore l'apanage des pays européens.

L'égalité homme-femme semble cependant trouver ses limites à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie sinoise. Les responsables de projet sont tous masculins...

 


Terrassière

Grutière

Maçonne


Posté le 06.11.2006 @ 06:15 par Loulou | Pas de commentaires |

Les Avatars de la fabrique

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, en pays Sinois !
Aujourd'hui débute la cérémonie des Avatars de la Fabrique. A vos claviers, donc, c'est vous qui votez pour élire l'affreux lascar, le jobard fini, l'incroyable tétard, le plus grand busard du chantier !

Que les âmes sensibles se rassurent, les Avatars nominés ce soir furent sans conséquence (tout au plus quelques coups de pied au cul). Les accidents plus graves sont laissés de côté...

Sont donc nominés ce soir :


Le chauffeur de camion qui est resté coincé 1/2h en l'air dans sa cabine
L'ouvrier qui a mis le feu au batiment avec son poste à souder
Le charpentier qui perce des trous au chalumeau assez grands pour faire passer la tête du boulon

..ooOO Votez pour le gagnant ! OOoo..


Posté le 03.11.2006 @ 14:52 par Loulou | 2 commentaires |

La valeur du temps

En Sine, le temps n'est pas le même. Il dure plus ou moins longtemps, plutôt moins dans l'ensemble.

là où les planning européens préconisent 6 mois, l'intraitable client sinois n'en accepte que 4 (tandis qu'à contrario le temps s'allonge lorsqu'on demande à l'entreprise de montage de chiffrer des travaux supplémentaires...).

La "réactivité" et la "souplesse" des "ressources humaines" sinoises balayent immanquablement nos estimations savantes, mais néanmoins inadaptées. S'il faut doubler le nombre d'ouvriers pendant la nuit, ce sera fait. S'il faut s'assoir opinément sur la qualité du travail effectué, on s'assoira dessus. S'il faut oublier que la sécurité sur la chantier passe avant toute chose, on l'oubliera...

Salaire d'un mois ici- salaire d'un jour là-bas, en fait d'échelle, celle du temps n'est pas la seule à se distordre d'un continent à l'autre. C'est, en corrolaire, la valeur du travail, la valeur d'une vie, qui n'est pas universelle.


Posté le 31.10.2006 @ 16:03 par Loulou | Pas de commentaires |

Le début de l'histoire

Octobre 2006, le film a commencé depuis déjà un bout de temps... Tant pis, je vous fais le résumé rapide des épisodes précedents.

La première usine est terminé depuis 6 mois, et elle tourne. Ca ne s'est pas fait sans mal. A mon arrivée en août 2005, c'est la crise entre le client (Mongang©) et les superviseurs étrangers. Le précédent chef de chantier s'était fait viré. Trop vieux trop con sans doute, pour réussir à trouver des compromis. Le pauvre... n'a même pas eu le temps de rentrer en France, il était retrouvé 3 jours plus tard par ses collègues, mort dans sa chambre d'hôtel. Une légende de chantier raconte qu'il n'était pas tout seul au moment de passer le pelle à gauche, il y a eu enquête, mais on a jamais su le fin mot de l'histoire...

En tout cas, quand on débarque en Sine, l'idée qu'on puisse finir sa vie loin des siens dans une chambre d'hôtel d'un trou paumé, ça parait assez glauque. Apprendre après coup que les charmes d'une sinoise de passage ont pu lui être fatal n'arrange rien, pire, ça fait pas sérieux sur le bulletin de décès...


Posté le 30.10.2006 @ 07:00 par Loulou | Pas de commentaires |

Proposer une news | Archives | Autres catégories

Uniquement dans cette catégorie