Xavier et Clemence en Irlande

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Où l’Irlande est toute petite   ( Cork / Irlande le 31/08/2001)

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NDLR : les gens nous demandent si on est allemands et comment on s’est rencontrés.

Le grand dortoir Isaacs sort d’une pénible hibernation telle une ruche. Clémence dort encore (traite moi de feignasse pendant que tu y es), je passe le temps j’ai l’impression de me doucher dans la cuvette des chiottes (il ne nous passe rien, ce reporter de l’extrème), ma barbe drue a du mal à se laisser convaincre à sec (on fait avec ce qu’on a, et quand on a rien, on fait avec rien).

Le transfert dans une deuxième AJ de Cork se fait sans encombre (Kinlay house) et allégé d’un parapluie qui malgré mon opiniâtreté à le récupérer finira sa vie dans les relents de frites. Bien entendu, trop tôt pour accéder à la chambre et le luggage room ressemble plus à un arrière cagibi ouvert sur la route qu’à un local blindé avec security code.

On commence par vouloir visiter Shandon Church mais la donation obligatoire à l’entrée est rédhibitoire, en face, Butter exchange déçoit nos attentes, tous les artisans qui devaient en faire un centre d’artisanat chouette et animé, ont mis la clef sous la porte ou sont encore couchés. Direction Cork city museum : trois salles, trois ambiances, un panneau lumineux interactif (avec la reconstitution d’une bataille Anglais contre Irlandais, les premiers, flèches vertes, les seconds flèches bleues, les troupes motorisée en traits pleins et les gens à pattes en pointillés, vous suivez…), un deuxième panneau encore plus grandiose : la carte d(Irlande portant les sites intéressants (châteaux, vieilles pierres moussues ET historiques) s’allumant si on appuie sur les boutons. Encore plus fort dans l’interactivité, une maquette « j’apporte de l’eau à mon moulin » au 1/16ème. En nous tenons à remercier tout particulièrement Tatie Williams pour son lustrage (de vitrine, qu’allez-vous imaginer ?) et Papy Williams pour son sourire dévastateur décoché de derrière son comptoir (dans un souci d’anonymat, les noms ont été modifiés).

En cherchant de quoi déjeuner, nous échouons dans un marché couvet mais comme l’agneau cru et la sole fraîche sont de cuisine difficile sur un comptoir de pub, nous optons pour de la ciabatta fourrée avec plein de trucs ni dégueus et ni irlandais (feta, olives, le Sud, quoi !). Après midi shopping : RAS (on vous parlerais bien de la lingerie bleue pâle effleurée des yeux et de la pulpe des doigts, mais cela ne vous regarde plus, en outre, pas de cabines d’essayage).

Les gens qui voyagent sont susceptibles de se croiser et de se recroiser le long de leur périple : un papi à la nuque tannée par le soleil texan, le corps taillé par 2,5 kilomètres de natation quotidiennes en rappelle étrangement un autre à Xavier, un qui désincrustait les ourlets de son pantalon de la tourbe locale, à minuit, dans notre AJ de Galway. Avec son Lacoste (on cite les marques, tant pis pour d’éventuelles réclamations et accusations de publicité éhontée), son sac en bandoulière bourré de guides, de prospectus, de plans de toute sorte, il nous remet également (on se lavait les dents) et nous demande si l’aspect de son dîner nous dérange (pain de viande, oignons, salade et pain, il utilisera l’Opinel de Xavier en le louant) nous dérange. Discussion lancée, on parle de ce que l’on maîtrise : le nucléaire, les centrales thermiques, l’évolution de la relation mdecin-patient depuis le 19ème, sans oublier les gros aux USA et tout ce qu’ils encourent.

Nous nous recroiserons plus tard, dans la chambre qui nous est commune, le temps de nous demander si l’un de nous ne ronflerait pas. Nous non, mais le grassouillet à notre gauche et le moteur diesel du lit du dessous se sont relayés toute la nuit pour nous offrir une sonate pour dormeurs et quête d’un impossible sommeil (Clémence en a tellement souffert qu’elle a fini par réveiller Xavier pour qu’il fasse quelque chose, elle a suggeré l’étouffement).

Le petit déj’ du lendemain était inclus dans le tarif de la nuit, hélas, c’est seulement la famille de l’entraîneur de l’équipe de rugby poussin qui logeait à la même enseigne que la notre qui a bénéficié d’un irish breakfast complet (œuf au plat, haricots blancs, boudin, saucisses et bacon). Pour nous, tartines grillées avec un grille pain ressemblant étrangement au truc à rayons X dans lequel passent les bagages à l’aéroport.

Et hop, hop, on était déjà dans une voiture, que dis-je un camion pour Cahir (prononcer ca-her). Les rois de la route, nous étions, le cul en compote Xavier eut. Les routiers sont sympas, ils vous offrent le diet coke, ils tapent la discute, ils se rangent sur le bas-côté (une sorte de demie-bande d’arrêt d’urgence) pour laisser le champ libre à ses suiveurs (qui ne manqueront pas de remercier le gentil routier en faisant un coup de feu de détresse une fois la manoeuvre achevée). Il nous dépose et nous arrivons à Caher au Lisakyle hostel, enfin son bureau du centre bourg, qui est à deux kilomètres du véritable lieu de villégiature, le proprio nous emmènera en Polo mauve à 13H15. Il est 12H, qu’à cela ne tienne, un café et un thé, un pound les deux (le meilleur marché du marché) et la grosse bouteille de lait, gaillardement posée sur la table, attention campagne.

 
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Entre crottins et pot d’échappement   ( Killarney / Irlande le 30/08/2001)

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Debout, fainéant, douche, lentilles et p’tit déj’, non, pas cette fois, brosse à dents, rangement sac, pliage tente (dans la tête car on ne dort qu’en auberge), garde à vous !

Le p’tit déj’, nous l’avons pris dans un salon de thé-café-scones très hipe : il y avait plusieurs options de petit déj’, nous en avons essayé deux et fait moit-moit. Du pain à l’anis, au gingembre, des scones fondants, des œufs mollets, un croissant plus délicieux que bon nombre de machins français, thé, jus d’orange (du vrai : avec rondelle dedans et glaçons)... Nous étions fin prêts à parcourir une bonne demie-douzaine de kilomètres dans le parc national de Killarney : nous avons rejoint le Ross Castle (tombé sous les coups de Cromwell, celui là, il a fait boire ses chevaux dans beaucoup de fonts baptismaux et foutu le boxon un peu partout), puis le Rock du gouverneur ;au bord d’un des lacs du parc. Nous aurions pu louer des bicyclettes pour aller un peu plus loin, néanmoins. Bah, nous aurions dérapé sur une production récente d’un quelconque cheval de calèche . Nous sommes rentrés entre gouttes et rayons de soleil : la température change tout le temps, soit on claque des dents (hyperbole), soit on étouffe dans son pull-over (idem). Récupération bagages et départ pour Cork .

Nous voulions nous poster derrière un rond-point quand nous nous sommes aperçu que l’emplacement était déjà utilisé par un chevelu-barbu et sa copine en jupe courte-collants opaques noirs.

On s’est placé 50 mètres plus loin, ce qui a amusé certains automobilistes, heureusement nos concurrents directs en avaient ras la barbe d’attendre, ils ont quitté les lieux et nous avons profité de la place encore chaude et d’un gentil monsieur réparateur de distributeur de canettes de coca et curieux de connaître le fonctionnement d’un power plant, c’est Xavier qui s’y colle, of course.

Une discussion fort intéressante et joviale mais toute bonne chose a une fin ; ici à 10 km de Cork (côte sud de l’Irlande).Un autre roundabout, une autre courte période d’attente et un Australien bossant aux Emirats Arabes et passant ses vacances à sillonner l’Irlande nous conduit tant bien que mal à Cork centre, après quelques rectifications de trajectoire pour emprunt de sens interdits.

Pas de doute, Cork est une ville digne de ce nom avec encombrements et vapeurs d’échappement. Notre auberge est coincée derrière le restaurant du même nom, Isaacs, mais d’un tout autre standing, dortoirs unisex, il faut se résigner ; Le reste n’est guère mieux et l’odeur de frites enduit le tableau d’une patine adéquate ; Une autre odeur a imprégné cette soirée : celle de pain brun, de céreales…la brasserie Beamish, aux cuves énormes est en face de nous, pendant notre balade. Nous avons remonté Barrack street où le Routard nous faisait miroiter un pub tous les trois mètres, il y en a, pour sûr, Cork est avant tout une ville ouvrière, mais l’ambiance ne semble pas être de la partie ; Nous redescendons et nous postons dans un pub défendant le gaélique, au bas plafond de bois : An Spailpin Fanac ; l’orchestre fait quelques répétitions, cf l’ambiance sonore ci-jointe.

Je passe sur le dîner qui fut surgras et peu irish (il y a plein de fast-foods locaux, ne se rangeant sous aucune grande enseigne). Rentrés, dodo.

 
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Voyage, voyages   ( Killarney / Irlande le 29/08/2001)

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Wesport-Galway, première étape du bus. Un changement est nécessaire pour rejoindre Limerick. Il y a cinq bus en stationnement devant la gare routière et aucun n’indique de direction. Je lance les dés : le numéro 4 ; ça ne me semble pas le bon bus ; Rien n’indique en vérité lequel prendre, pas d’écran indicateur, de panneaux horaires avec poste d’embarquement et le bureau de renseignement est obstrué par une dame têtue. A moins de deux minutes du départ, nous obtenons enfin le numéro et après une petite bousculade, nous découpons une part de roulé à la framboise, assis, au chaud, pour notre deuxième p’tit déj’ de la matinée ; dans le bus, pas grand chose d’autre à faire que roupiller, regarder le paysage et goûter les gâteaux dégotés dans les supermarchés locaux (à propos : à déconseiller : les Digestives, véritables étouffe-chrétiens, à la rigueur si on peut les accompagner d’un thé afin de les ramollir, compter facile 5 secondes de trempage avant qu’ils ne se délitent alors que pour un bête petit beurre, il faut une seconde à peine…).

Arrivés à limerick, on demande la route de Killarney, on se poste après des dizaines de roundabouts et on attends deux heures environ qu’une vieille Mercedes ne s’arrête. Bordel monstre dans la voiture (comme dans presque toutes celles où nous grimpons) et le type nous emmène :

1)porter sa veste chez le teinturier
2)vérifier son courrier chez lui (petites routes étroites de campagne, obligé de klaxonner pour prévenir de son arrivée dans les virages)
3)aller chercher ses enfants, Grace, 10 ans et Charles, 6 ans, intelligents et goguenards, chez la nourrice
4)s’arrêter car les gamins veulent des sweets

Ils nous déposent enfin à 40 km du départ, nous nous réconfortons avec un muffin et un Algérien nous prend, il habite depuis deux ans en Irlande, avant en Angleterre et son français est musical et hésitant ; Le brouillard et la pluie entourent la voiture, la buée et la somnolence nous enrobent. Il nous conduit à bon port et nous trouvons aisément l’auberge Neptune, petite usines à jeunes touristes, avec distributeur d’eau chaude comme à la cantoche. C’est là, à Killarney, que nous avons continué à aimer la Smithwicks et commencé à apprécier le plat irlandais, l’Irish stew, une mini-soupière de tendre viande de mouton cuite dans un bouillon de légumes, un ravier de purée de pommes de terre et de choux-fleurs et deux tranches de brown bread ; nous en sommes ressortis ravis et calés.

 
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L’une des plus belles routes du monde   ( Wesport / Irlande le 28/08/2001)

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Début de stop ou la rencontre inopinée sur le chemin (à Clifden) : j’étais à peine réveillée qu’une brune bondissait dans les bras de Xavier et ululait. Je vous laisse deviner de qui il s’agissait . Un fantôme ! Ou quelqu’un qui reste dans l’ombre. La situation n’est pas optimale pour un échange de nos vies respectives, un RV est fixé au retour en France de chacun et le fil à peine noué est rompu de nouveau.

La route Clifden-Wesport est sinueuse à souhait, façon petite route d’Ardèche. Il est donc impératif de se poster dans un semblant de ligne droite pour réunir un maximum de sécurité pour le conducteur et nous-mêmes.

Deux conducteurs :un costaud connaissant tout le monde à en juger par le nombre de fois où il levait deux doigts de son volant pour saluer l’auto en face, puis un étudiant en lettres attardé, un peu somnolent (Clémence voyait ses yeux, déjà petits, se fermer par intermittence dans le rétroviseur). Il nous a fait contourner le seul fjord d’Irlande : somptueux . Une retenue d’eau de barrage au creux d’un massif des Alpes, sauf qu’il s’agit de l’Atlantique et que nous sommes en Irlande .

A droite, la ville, à gauche, notre auberge, the Granary hostel, ça ne paie pas de mine genre cour de ferme avec de gros galets en guise de pavés. « May I help you ? ». Une voix venue du ciel, celle d’un papi bidouillant le toit de la dépendance à côté de l’entrée. Visite des lieux, on commence par la cuisine avec le poêle (il fonctionne avec des briques de tourbe) qui se dresse, fier, au milieu de la grande salle, qui n’est sans doute qu’une étable dont on a bétonné le sol. Tout n’est que bricolage de bricoleur du dimanche, une tuyauterie d’eau chaude qui émerge de je ne sais où pour aller dans un évier avec un chemin encore plus tarabiscoté. On monte un demi-étage, le patio avec des cactus racornis ou qui ne savent plus où pousser, des sièges en rotin et un présentoir portant des prospectus vieux d’au moins cinq ans, tout desséchés et jaunis, le toit est assuré par de la tôle ondulée en plastique. Assis dans le patio, nous avions vue sur le jardin, pelouse, tente de campeurs atterris là et linge séchant sur un fil : housse de couette fleurie, jeans et caleçons (nous ne verrons pas les occupants de la tente).

On monte encore, retour dans le corps du bâtiment, on escalade une échelle de meunier direction le dortoir, un ancien grenier à grains revêtu d’un parquet usé. Six lits superposés rouges et blancs en ferraille hissent le décor. Socket, petit chat à pattes blanches, nous désigne le lit à choisir, nous sommes les premiers arrivants, les seuls peut-être (le lit au fond à droite). Le chaton nous a d’ailleurs réveillés le lendemain en ronronnant et en appréciant la bouteille de Body oil de Clémence. Il pleuvait ce matin-là, nous devions remonter en ville pour prendre le bus vers Limerick.

La grande blonde aux cheveux courts a pris ce bus une heure plus tôt, avec son vélo et sans ses affaires de toilette, sa serviette perche encore sur le montant du lit le seul à avoir été occupé cette nuit-là, à part le notre . Elle était Belge, parcourait l’Irlande à vélo toute seule et fumait des roulées ; Elle a eu un mal de chien à entendre son p----n de réveil, à six heures du matin . Si je n’avais pas été aussi empêtrée dans les bras et jambes d’un grand roux, je serais allée lui dire : wake up darling or you will miss your bus : you have a plane to take… elle a fini par décoller toute seule.

 
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Du stop en Irlande   ( Clifden / Irlande le 27/08/2001)

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Consignes:

-marcher à gauche, tenir le panneau “Clifden”, la prochaine ville-étape, sur sa gauche en reculant
-regarder l’automobiliste, notre ami, du moment comme un toréador (toréro-picador) regarde le taureau : dans les yeux (tâche aisée avec des pare-brises fumés, à contre-jour avec un soleil levant qui vous fouette au rouge une peau bien blanche à l’origine)
-courir dès que la voiture s’arrête, même quand c’est un co-censuré-ard qui vous fait une blague de potache
-ouvrir grand ses oreilles à l’appel du gentil automobiliste :
« You mrfmrfmrfmrfmrfmrfmrf ? », « Yes, of course »

Résultats des courses :

1)Rover 100 année 1970 : une suspension digne d’un lit à eau, souple et molle. Une conduite sans conduite (pas besoin d’avoir son permis pour savoir qu’il ne faut pas doubler sur un zébra), un Mickey accroché au rétroviseur central (souvent ce sera une tresse de laines de différentes couleurs, un objet de supporter un peu désuet sans doute) : 10km suffisent à couper notre trust in him.

2)Un papi aux petits yeux, ouvrier du bâtiment comme le précédent, tonique et moins taciturne (plus de 25 mots en 10 minutes, une bonne moyenne), « I can carry you to Outgoaaardr, want you ? », « Yes, shure. »

Oughtegard : la carte du routard nous laisse supposer qu’un immense lac s’étend tout près de cette charmante bourgade. Il est midi, notre ombre pointe au Nord, on suit notre second nous sans relief ni nuance. On a fini les Figolus et les eaux du lac n’ont de cesse d’être invisibles, il s’en trouve seulement au fond de la bouteille d’eau, qui arrive à épuisement. Pause pipi au café à Oughtegard et on reprend la route. Ca ne mord pas quand une grande blonde avec un walkman vissé sur les oreilles vient à notre rencontre et nous dit (en irlandais) : « vous allez bien à Clifden, non ? Alors venez ! (bougez-vous un peu) ».

« Irresistible », elle est pas vraiment mon style (dixit Xavier), mais ça ne gâche en rien sa sympathie. Non, Charmaine n’est pas le top model qui est supposé gonfler l’étoffe du T-shirt portant l’inscription sus-écrite de ses formes rebondissantes. En tout cas, elle s’y connaît en harmonie des couleurs : lentilles, mascara, T-shirt, le tout bleu turquoise. La chemise de son mari, Malcom , est rose, sa fille porte une robe rayée et décolletée dans le dos, qu’elle porte grassouillet, sa petite-fille Sacha, deux ans, a cassé ses sunglasses en forme de cœur et renversé son soda sur son débardeur jaune, ça colle ; C’est pas comme la fermeture du coffre ni la vieille suspension de la Passat : elles collent plus du tout.

Après Oughtegard, la route devient plus intéressante, elle enlace des petites collines où la roche affleure et où des moutons peinturlurés paissent, elle suit parfois la mer (une vraie carte postale : mer bleue, sable blanc, soleil cuisant, grand-mère en bikini sur sa chaise longue, le Connemara, quoi), elle est de temps en temps traversée par un de ces moutons qui doit penser que l’herbe est plus verte de l’autre côté de la route ou par une vache qui chercher un endroit pour déposer….

Les dos d’âne omniprésents nous rappellent la dure réalité de la suspension qui nous soulève de notre séant pour nous projeter à terre dans une gerbe d’étincelles (tu crois pas que tu en rajoute un peu, Xavier ?). Après une heure de ce traitement, nous découvrons Clifden, avec ses façades peintes de couleurs vives et son AJ : nous la déconseillons, aucune ambiance, des miettes partout et des Allemands à la mord-moi le nœud avec un dialecte affreux.

Aujourd’hui dans les bacs, non, assiettes, spécialité locale, préparée à la française, on fait ce qu’on peut : saucisses de porc (ça ressemble, une fois cuit, à de la chipolata pas cuite, pas mal du tout toutefois), après le dîner, puisque l’ambiance de l’auberge est folle-folle-folle, nous avons emprunté la Sky Road (la down), nous suivons l’embouchure d’un fleuve jusqu’à la mer et la largeur du bras, son reflet de ciel et sa tortuosité contribuent certainement à son nom. Il n’est pas tard mais il fait froid et la chaleur de l’auberge est celle de l’enfer de l’ennui, Lawry’s, chouette nom pour un pub ; après notre heure quarante de marche, la lune montante se reflétait dans l’eau (pas comme une étoile de mer), nous avons éclusé un litre de Smithwicks (prononcer smiticks, goût léger de caramel) et un Bailey’s coffee, affalés dans des banquettes aux rayures rouges et noires, face à deux autres Français qui, eux, avaient le Routard 2001, aucune envie de leur causer, on boit et on pouffe tout seuls.

 
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