Carnet d'Amérique Centrale

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Ils ont des chapeaux blanc...   ( San Pedro / Guatemala le 04/07/2002)

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[ ..vive l'lac d'Atitlan-heu,
[ ils ont des chapeaux blancs
[ vive ceux du volcan.

Habitants de San Pedro, samedi soir.

début [ Posté par : Labaraka ah ah | 0 commentaire] Page 11
Rayon cadeaux   ( Chichicastenengo / Guatemala le 30/06/2002)

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Dix rues numérotées de Calle 1 à Calle 10 dans un sens, cinq ou six autres à la perpendiculaire, deux églises très blanches qui se regardent en chiens de faïence, les grandes tentes bleues du marché installées d'un parvis à l'autre, un cimetière aux caveaux colorés, quelques milliers d'habitants descendant pour la plupart des Mayas, pas plus riches qu'ailleurs, voilà en gros Chichicastenengo - dit Chichi.
Ajoutez a ça plusieurs hôtels luxueux où la nuit coûte jusqu'à 100 dollars (!), et ce petit village devient un mystère. Chichicastengo a beau être perdu dans les hauts plateaux du Guatemala et joignable par deux routes seulement, il accueille les touristes fortunés avec autant de faste, de confort et de zéros sur la note que la capitale ou une ville aussi renommée qu'Antigua.
Le mystère est vite éclairci : un guide a fait paraître un jour dans ses pages que le marché de Chichicastengo propose le meilleur artisanat du Guatemala, les autres publications ont suivi, les agences de voyages etrangères et locales ont saisi l'aubaine et hop, un nouvel "à ne pas manquer" était né.
Cela étant, la tradition commerçante de la ville est réelle et ancienne ; avant que les touristes n'arrivent, des milliers d'habitants des environs montaient déjà deux fois par semaine, parfois au prix de plusieurs heures de marche, pour se rendre au marché de Chichi.
Mais les afflux d'étrangers en quête de souvenirs et de photos pittoresques ont un peu changé la donne. Les sacs aux grosses mailles de laine affichent désormais des sigles sportifs, les "madres" mayas tapent la discute en anglais et leurs fistons en sweat à capuche exhibent leur carte plastifiée de l'office de tourisme avec nom et photo - sauf qu'il n'y a paaas d'office du tourisme à Chichicastengo...

Alors, Chichi, c'est fini ? Oui et non. C'est fini pour les étrangers qui viennent regarder plutôt qu'acheter. Un gringo ne peut pas déambuler dans les allées sans se faire interpeller de tous les côtés. Ici comme dans tous les bazars où des gens ont payé le triple ou le quadruple du prix juste, les Occidentaux passent aux yeux de pas mal de monde pour des cornes d'abondance. Aux tarifs pratiqués par les stands les plus en vue, autant aller aux Galeries Lafayette ! On a parfois l'impression, en demandant un prix a des femmes assises par terre avec leurs paniers, d'être le Père Noël et de dire "Fais un voeux !". Evidemment ces prix ne sont pas si chers pour nous, mais donner l'équivalent du salaire mensuel moyen pour un morceau d'étoffe, est-ce que ce n'est pas aussi complètement dérégler le système ?

Si c'est parfois difficile de ne pas bouillir lorsque les vendeurs vous réduisent ouvertement d'un humain sur ses jambes à un porte-monnaie sur pattes, ce n'est encore rien au regard des mêmes vendeurs, de leur famille ou de leurs voisins, qui sont eux réduits d'une personne à des sujets de carte postale. Si un jour vous allez voir du coté de Chichicastengo, restez une heure dans un coin à regarder comment ça se passe, la séance est instructive... Entre les gens qui se pointent sans vergogne au milieu des rites comme si c'etait une animation de village-vacances et ceux qui courent apres les maîtres de cérémonie en grand apparat pour faire poser madame à côté, c'est plutôt normal que les gringos ne soient pas accueillis comme des amis.
Bref, le marché de Chichicastengo est l'un de ces lieux où les moeurs touristiques heurtent les traditions - et les bleus sont voyants.

Mais Chichi, ce n'est pas fini. Il faudrait heureusement davantage que quelques touristes mal élevés pour que les traditions prennent vraiment une claque. Pour soulever un peu le voile et voir à quoi ressemblait le marché avant la gringosation, il suffit d'être matinal et de sortir des allées principales. C'est alors que le spectacle est vraiment "à ne pas manquer" - sans compter le village en lui-même et la vue sur les environs.

Toute la région prend la route deux fois par semaine. Nous sommes arrivés à seize heures dans un gros hameau paisible. A vingt et une heures, alors que les nuits sont d'habitude très calmes, ce sont des rues en pleine activité que nous retrouvons. Des bus et des pick-ups surchargés déposent des familles entières et leurs ballots. Des stands par dizaines sont montés sur la place et ses abords. Des femmes en tenue brodée installent leur couchage de fortune sous les arcades, les enfants courent en grappe, les hommes rangent les paquets pour la nuit.

La promenade est étrange. En quelques heures, une ville se construit dans la ville, avec ses rues, ses passages, ses carrefours, ses bons et mauvais voisinages. Avec de longues branches, du fil et des bâches, les stands poussent comme des champignons et transforment radicalement les lieux d'une heure à l'autre. Les allées remplies de pénombre bruissent de rires et de discussions à mi-voix. Des bougies par milliers mettent des tâches de lumière ici sur un tissage multicolore, là sur un quartier de viande qui n'a pas encore rejoint son torchon, ailleurs sur une tête brune endormie. On ne se lasse pas de passer et de repasser aux mêmes endroits puisque jamais on ne les reconnaît. La ville provisoire est comme mouvante, ouvrant des voies et fermant des allées entre deux passages.
Sur le haut parvis de l'église San Tomas, il se passe de drôles de choses. Quelques personnes balancent à bout de bras un encensoir en psalmodiant dans une langue rude, un feu près de la porte fait danser les ombres, au sol des bougies fixées sur la pierre illuminent les volutes de fumée odorante. Ca ressemble a une messe païenne.

Au matin, lorsque le jour se lève, la ville provisoire reprend vie. Ce jour-là, il y a du foot : des postes de radio et quelques TV miniatures sont branchées dès le coup d'envoi sur la finale Brésil / Allemagne. Les voix des Thierry et Jean-Mimi locaux arrivent de tous cotés comme des échos. Devant le café où Louis s'est vaillamment installé au point du jour, un rideau de dos ferme la vue et le passage. Derrière, une grosse télé posée sur un frigo Pepsi est la star incontestée de ce début de matinée. Des touristes allemands compensent la défaite nationale en faisant le plein de souvenirs - ce sera toujours ça de remporté...

début [ Posté par : Elodie | : Machine à tortillas | 0 commentaire] Page 12
Les randonneurs   ( San Pedro / Guatemala le 05/07/2002)

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C'est une équipe de bleus, accrochée a la colline, ils sont venus à pied - a mi-pente ils l'regrettaient... La colline en question, c'est le volcan San Pedro, 3.000 et quelques metres. Jusqu'a mi-hauteur, le volcan est couvert de plantations de maïs et de café. Plus haut, on rencontre une forêt dense et humide où les arbres sont grands et les lianes longues. Pour y circuler, des passages étroits vont tout droit dans la pente. Pas de zigs-zags, pas de lacets, c'est de la ravine, du sentier de sanglier, un raccourci sans route, un chemin ouvert au lâcher de troncs, un labourage sans fioritures.
Pour les locaux qui travaillent aux champs, c'est une grimpette quotidienne. Pour les habitants du village, c'est la balade du dimanche. Pour les touristes randonneurs, c'est une bonne excursion. Pour les voyageurs qui la jouent mollo, c'est l'antichambre du purgatoire, l'Apocalypse faite montagne, le treizieme travail d'Hercule, Charibde et Scylla a la fois, un round contre Obelix, la pierre qui roule et qui amasse de la mousse aux coins de la bouche.
Notre guide Pablo, avant de remonter là-haut avec un autre groupe, a fini par demander aux garçons de notre équipée si leurs copines avaient quelque chose le cancer aux jambes...

début [ Posté par : Elodie | 1 commentaire] Page 13
Le bonheur est dans le pré   ( San Pedro / Guatemala le 06/07/2002)

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Pour la fete du samedi soir, les hommes ont sorti le chapeau blanc et les femmes leur meilleur tablier brode. Tout le village converge vers la place derriere le marche, ou les panneaux de basket ont laisse la place a une grande estrade. A huit heures tapantes, le concert commence. Sur scene, une petite dizaine de musiciens en chemise blanche et costume violet ne s'epargnent pas. Ceux du fond disparaissent le plus souvent derriere le brouillard crache par la machine a fumee. Le rang de devant assurent toutes les fonctions a la fois : musique, chant, choeur et choregraphie.
Sur le terre-plein detrempe, la foule est compacte, immobile et muette. De rares danseurs bougent dans leur coin : deux ou trois poivrots au pied des musiciens, quelques touristes qui depassent le public d'une tete, un vieil homme du coin qui fait chalouper une Japonaise. Entre les chansons, de rares applaudissements s'elevent, apparemment ce n'est pas dans les habitudes d'ici.
A l'autre bout de la place, dans le commissariat, un prisonnier profite de l'animation a travers les barreaux de sa cellule. Sur le grand balcon juste au-dessus, une troupe de vieilles dames en rangs serres de chaises de jardin gardent les marmots de leurs filles et petites filles. Les buvettes qui ferment les cotes debitent du soda, des frites et des chocobananes. Plusieurs vendeurs de glace avec leur petite voiture a bras s'affairent au milieu des gens.
L'ambiance est encore calme.
Vers neuf heures, ca commence a s'agiter un peu. Des bandes de petits mecs dans les treize et quinze ans passent en bande, faussement nonchalants. Ils portent l'uniforme de leur age, celui qu'arborent leurs congeneres de tous les pays : casquette pour les uns, coupe lissee au gel pour les autres, baskets, pantalon baggy et t-shirt de marque pour tous.
Les filles en revanche revetent comme tous les jours la tenue traditionnelle, mis a la fete par un collier brillant ou les cheveux sur les epaules au lieu de la sempiternelle tresse. Ca flirte un peu mais a peine. Les parents gardent leur marmaille adolescente a l'oeil.
Le clou de la soiree, c'est "Joselyn Diversion", une grande roue : une grosse vingtaine de nacelles en bois, des poutrelles metalliques pour l'armature, quelques neons en deco et pour le mouvement, une moitie de tracteur ! Pour entrainer les vingt metres de diametre de la roue, le type assis sur son fauteuil accelere, freine et passe les vitesses comme dans la premiere voiture venue. La cabane a cote annonce cinq quetzals le ticket, bon, allez, en voiture ! On attend avec des enfants tout excites, des jeunes qui jouent les cadors et des filles solides determinees a faire un looping avec la nacelle. Une fois la roue pleine, Marcelo appuie sur le champignon et surprise ! Ca ne fait pas semblant de depoter...

début [ Posté par : Elodie | 0 commentaire] Page 14
Club Ped (ro)   ( San Pedro / Guatemala le 08/07/2002)

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Qui voit Ouessant voit son sang, mais qui voit San Pedro voit le repos, l'apéro, la coco - au choix ou tout a la fois. C'est le genre de lieu ou "essayer de se baigner dans le lac", "se mettre une pilée a la bataille corse" ou "ne pas rater l'heure de la sieste" constituent un programme en soi. Bref, le genre de lieu pas nerveux ou les ulceres a l'estomac relevent du mythe.

De l'autre coté du lac Atitlan, Panajachel a eu son heure de gloire a l'epoque hippie. Aujourd'hui, c'est un petit bled 100% gringo ou les boutiques de souvenirs, les hotels et les restos chics s'entassent le long d'une longue rue. Derriere, quelques maisons font de la résistance à la fievre Bed & Breakfast , et en gros voila tout.
Devant la déferlente de touristes, les babas ont pris l'exil dans le patelin d'en face, a vingt kilometres de bateau de là : San Pedro La Laguna.

C'était il y a déja plusieurs années, et depuis les idées des premiers arrivés ont été reprises. Le concept de "Thermal Water", entre autres, a bien marché. Pour le client, ça consiste à payer une quarantaine de francs puis de s'asseoir dans un pédiluve en béton, où un fond d'eau terreuse a chauffé au soleil. Pour vous donner envie d'aller vous racler le derriere sur du ciment, les affiches vantent les bienfaits de la fusion du corps avec les éléments : de l'eau helio-energisée melée de terre chargée en mineraux actifs du volcan. Le bilan des courses, c'est plutot un helio-coup sur le nez et l'haleine chargée en levures de biere actives. Mais peu importe, ça marche pas mal et les mares d'eau croupie ont essaimé.
Autres businesses en vogue : l'école d'espagnol (trois tables, des parasols en palme et on discute), le resto (junk-food internationale a base de pizzas, de pancakes et de cocktails), le ciné (écran géant et DVD americains), les machins new age, le deal.

Autrement dit, San Pedro ressemble comme une goutte d'eau a Pai* et tous ces bleds paumés où des Occidentaux ont un jour posé leur sac a dos. Ils sont un peu en marge du village local, les contacts sont un peu limités, les mélanges assez rares et le style de vie assez eloigné de celui des gens du coin : eau chaude, budget confortable, glandouille. Evidemment, ce n'est pas le cas de tout le monde. Il y a aussi ceux qui parlent espagnol et comptent quelques potes au village, mais pour le reste, les deux sociétés sont quasi hermétiques.
La recette de ces ersatz d'Occident ne varient pas d'un continent a l'autre : coût de la vie dérisoire, cadre naturel agréable, tolérance de la part des autochtones, exotisme de façade, passe-temps à profusion (films, alcool, drogues).
Cela dit, ces villages-vacances plus patachons que Bidochons valent le coup d'etre connus, ce serait dommage de bouder son plaisir. L'ambiance est tranquille et les gens plutot ouverts, tout ce qu'il faut pour se remettre de la jungle des villes et soigner son ulcère...

* souvenez-vous, Pai dans le nord de la Thailande, le village où nous sommes restés scotchés entre le bungalow, la source d'eau chaude et les fruit shakes...

début [ Posté par : Elodie | : Chanteuse mystique... | 1 commentaire] Page 15

 


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