Carnet d'Amérique du Nord
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| Le jour le plus long
( Los Angeles / Etats-Unis le 27/03/2002)
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I - EXERCICE DE MATHEMATIQUES, sur 5 points.
Enonce du probleme
Soit un premier avion, A, decollant de Singapour (GMT+8) le mercredi 27 mars a 13h20 heure locale et atterrissant a Taiwan (GMT+8) le meme jour a 17h30 heure locale.
Soit un second avion, B, decollant de Taiwan (GMT+8) a 19h20 heure locale et atterrissant a Los Angeles (GMT-8) le meme jour a 14h30 heure locale.
Questions
- indiquez quelle est l'incongruite dans les horaires de ce double vol.
- indiquez le nombre de fuseaux horaires franchis.
- indiquez la duree horaire du mercredi 27 mars.
- indiquez la duree horaire du vol complet, en comptant l'escale.
- indiquez la raison de l'incongruite horaire du vol.
II - EXERCICE DE GEOPOLITIQUE, sur 15 points.
A - Enonce du probleme
Soient deux voyageurs a destination des Etats-Unis arrivant a l'aeroport de Singapour afin de proceder aux formalites d'embarquement, et dont les sacs contiennent entre autres : 2 armes blanches, dont l'une suisse, 4 rasoirs, dont quatre jetables, 1 paire de ciseaux, 1 pince a epiler, 2 coupe-ongles, dont l'un muni d'une lime, 1 peau de cobra, 3 bombes anti-moustiques dont deux enclines a fuire, 1 cassette de musique ouzbeke, 1 foulard iranien ainsi que 2 paires de chaussures a fortes semelles.
Questions
- indiquez les objets prohibes a bord de l'avion.
- indiquez les objets susceptibles d'etre reperes par le "sniffeur" (sorte de museau de chien electronique passee le long des ouvertures du bagage).
- indiquez les objets susceptibles d'etre reperes par les rayons X.
- indiquez le pourcentage de credit accorde par les douaniers au passager qui devient tout rouge et dit : "J'avais oublie".
- indiquez le pourcentage de risque de se faire mettre au gnouf par les douaniers pour port d'arme prohibee et detention de produits illicites.
B - Enonce du probleme
Soient deux voyageurs en escale a l'aeroport de Taipei a Taiwan, devant se soumettre a de nouveaux controles de securite consistant en :
- deposer les sacs, sacoches et contenu des poches sur le tapis de la machine a rayons X.
- retirer les chaussures et les mettre sur ce meme tapis, puis enfiler de petites savates vert fluo.
- passer sous le portail electronique.
- mettre les jambes et les bras en croix afin que l'officiel(le) passe son detecteur de metaux.
- reprendre les sacs et chaussures, scrutes en profondeur aux rayons X et par cinq policiers.
Questions
- indiquez la probabilite de honte en cas de chaussette trouee.
- indiquez la probabilite de fou rire nerveux a la vue de vos co-passagers en savates vert fluo alors qu'il s'agit de : femmes chics, hommes d'affaires, moines bouddhistes.
- indiquez la probabilite de perplexite de l'officier superieur lorsque l'un de ses subordonnes lui demande si la canne a peche pliee en trois qu'il vient de trouver dans un etui est acceptable en bagage de cabine ou non.
C - Enonce du probleme
Soient deux passagers arrivant aux guichets des services d'immigration americains avec des passeports presentant les particularites suivantes : 1 visa iranien tamponne le 27 septembre 2001 et prolonge au 8 octobre, 1 visa ouzbek tamponne le 5 et le 19 octobre, 2 visas kazakhs tamponnes le 19 octobre et le 6 novembre ainsi que des visas bulgare, chinois, vietnamien et cambodgien.
Questions
- indiquez la part de visas emanant de pays etant ou ayant ete communistes.
- indiquez l'incongruite de la location des deux passagers au 5 octobre 2001.
Essai libre
Redigez un dialogue entre l'officier des services d'immigration americains et l'un des passagers puis l'autre.
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| Hotel California
( Los Angeles / Etats-Unis le 28/03/2002)
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- Charly, le proprietaire coreen du lieu depuis un mois a peine, qui semble s'etre apercu apres coup qu'il avait achete un repere de travailleurs au noir, de touristes au visa perime et de loosers qui ne peuvent plus payer. Emploie cinq ou six des residents pour tenir l'accueil contre des nuits gratuites alors qu'il est present dans la maison en permanence, ou presque. Semblerait vouloir maintenir un etat de fait anterieur, ne contrarier personne en changeant de systeme, faire plaisir a ceux qui veulent en profiter. Fana du "Stars and Stripes banner" : une petite dizaine de drapeaux americains dans 200 metres carres. "Il faudrait que tu payes, maintenant, bon, d'accord, demain, ca fera un compte rond."
- Brigid, une Danoise qui passe deux mois sur trois a LA et sort deux soirs sur trois en habit de lumiere. "Et si on allait a Las Vegas cette nuit ?"
- Sven, un autre Danois dont la preoccupation principale est de convaincre les gens qu'il rencontre que les Americains n'ont jamais mis les pieds sur la Lune. "Ils n'avaient pas la technologie, c'est clair, de toutes facons le monde entier saura d'ici fin 2002, lorsque les Japonais auront termine de cartographier la Lune."
- Jean-Eudes, un Camerounais chic qui a perdu sa carte de credit et utilise a la place le numero de la carte de credit de sa mere. "Ecoute Charly, il m'est arrive une galere, j'ai perdu ma carte de credit, ma mere m'a passe le numero de la sienne, c'est ok pour te payer ? (...) Ouais c'est cool. Heu, tu pourrais debiter un montant plus eleve et me donner la difference en cash ?"
- Boris, un Hongrois travaillant au noir pour reunir un petit magot et ouvrir avec son pere une affaire de d'import/export entre la Roumanie et la Hongrie. "Pour nous, les gens d'Europe de l'Est, c'est impossible de voyager : soit la vie est trop chere et il faut travailler sur place pour vivre, soit le visa est tres difficile a obtenir, on te pose mille questions et il y en a pour six mois - quand ca marche !"
- Ron, un Canadien venu tenter sa chance a LA qui joue de la clarinette dans la rue pour gagner de quoi vivre. "Je me donne un an, si ca marche je reste, si ca rate je rentre."
- Britney, Cristina, Alyson et Janice, quatre Americaines delurees de 19 ans venues du Minnesota pour feter le debut des exams. "Tu veux une biere ?"
- Milos, qui se dit Serbe emigre en France puis aux Etats-Unis depuis douze ans. Sa femme serait installee a Londres. Son anglais peut mieux faire par contre il maitrise a la perfection tout le registre de l'obscenite, en gestes et paroles. "..."
- Bill, un Americain du sud portant bonnet et piercings, sans le sou. "En general "bacon" ca se prononce becone, mais dans le sud nous on dit bey-cone, tu vois la difference ?"
- Lee et Ann, deux Singapouriennes de 20 ans a la recherche desesperee du prince charmant. "Tu vois, les mecs, c'est comme ca : 90% sont des nazes, 5% sont pris et les autres 5% sont gays, alors comment veux-tu que je trouve ?"
- Satomi, une Japonaise qui a le coude leste et finit la tete sur la table tous les soirs. "Tu prends un verre avec moi ? Biere, vin rouge de Californie, alcool coreen ?"
- Lauriana, une Argentine aux emportements tres latins. "Elle, c'est une alcoolique, je ne lui parle pas. Elle, je ne l'aime pas, je ne lui parle pas non plus. Elles m'enervent !"
Danc cet "Hotel California", les voyageurs sont des exceptions. Ceux qui vivent ici ont pris un aller simple. Amasser de l'argent, monter un business, se faire connaitre : les pretendants a la reussite viennent nombreux tenter leur chance. Mais le Reve americain a ses elus, et le reveil est souvent brutal.
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| La rose pourpre de Los Angeles
( Los Angeles / Etats-Unis le 02/04/2002)
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Le grand maigre voute en impermeable, la folle echevelee qui distribue en psalmodiant des bibles de poche dans la rue, les deux flics trapus et moustachus qui mangent des hamburgers dans leur voiture de patrouille, les bonnes femmes hautes et massives en jogging qui poussent un caddy plein de chips, de sodas et de gateaux, les helicopteres de la police qui font des cercles au-dessus d'une voiture suspecte, les camions de pompiers rutilants toutes sirenes hurlantes, les blondes a talons aiguilles et poitrine avantageuse, les sauveteurs bronzes de Palm Beach en maillot de bain rouge, les residences cossues a colonnades et statues neo-antiques, les cafeterias rescapees des annees 50 avec leurs tabourets de bar en skai rouge et leurs serveuses a tablier blanc, le cow-boy en panoplie complete qui surgit au coin de la rue, les patineurs casque sur les oreilles et lunettes bandeau qui longent le bord de mer, les enormes limousines aux vitres teintees, les drive-in qui debitent du hamburger et de la frite a longueur de journee, le predicateur allume descendant Hollywood Boulevard en condamnant cette societe decadente, les cookies, les ecriteaux sur les portails qui menacent les intrus de repondre par les armes, les sacs en papier brun dans les supermarches etc.
Los Angeles ou l'aller-retour sans fin entre pellicule et realite...
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| Hollywood Boulevard
( Los Angeles / Etats-Unis le 02/04/2002)
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19 heures, la navette de l'aeroport s'arrete devant notre guesthouse. Le trottoir en dalles de marbre gris noir est jalonne d'etoiles rouges Les noms qu'elles portent en lettres d'or sont connus, d'autres moins : le temps et les passants ont terni leur eclat dore. Cette promenade du Gotha est la fameuse "Walk of Fame", l'un des symboles d'Hollywood. Plus de deux milles etoiles y celebrent les stars du show business, de Cecil B. DeMille a Bruce Lee en passant par Gerschwin et Bugs Bunny - et meme les Simpsons !
De l'autre cote de la rue, dans l'enceinte du Chinese Theater, plusieurs generations d'acteurs ont laisse leur empreinte de maniere tres... tangible. Des les annees 20, le proprietaire du lieu a invite ses amis de la profession a imprimer leurs mains et leurs pieds dans le ciment : Sophia Loren a la signature en arabesque, Marilyn Monroe en talons aiguilles, Clark Gable et ses petites mains, Shirley Temple et ses petits pieds. Des acteurs de western ont imprime leur colt, recto verso, certains sont meme venus avec leur cheval - ou tout au moins l'un de ses quatre fers. John Barrymore s'est fendu d'une empreinte du profil gauche, John Wayne de celle du poing droit. Parmi les recents, Susan Sarandon s'est dechaussee, Eddy Murphy recommande "Be free", Michael Douglas a de grosses paluches, Harrison Ford devait avoir la main dans le platre, Richard Gere chausse comme moi. Quelques inclassables : R2D2 et C3P0 cote a cote, comme dans "Starwars" (qu'a-t-on fait de Chumbaka ?) et Donald Duck, qui fait bien du 48 Mickey.
Du matin au soir, les appareils-photos vont bon train et crepitent meme sans discontinuer lorsque des sosies passent par la : Spiderman, venu a pied comme tout le monde (quelle escroquerie ces superheros !), Superman a l'air un peu benet malgre son bel accroche-coeur, un Crocodile Dundee tres reussi et un Elvis pas mal non plus, Zorro et sa Carmen sans relief et bien sur l'eternelle Marilyn, qui la ne ressemblait fichtrement a rien. Ou alors a Barbie Beverly Hills.
A deux pas du Chinese Theatre, une volee d'escaliers mene au Saint des saints, la salle ou tous les ans au mois de mars a lieu la Ceremonie des Oscars. A une semaine pres, vous auriez eu des photos de stars o-ri-gi-nales ! Gala-baraka.net, ce sera pour une autre fois...
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| RAS a Malibu
( Los Angeles / Etats-Unis le 01/04/2002)
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Sur Sunset Boulevard, prendre le bus 2 jusqu'a Pacific Palisades puis longer l'ocean a pied en direction de Santa Monica et Venice, vers le sud.
Nous descendons du bus et traversons la chaussee. Un club prive, "Members Only", bloque l'acces a la plage. Il va falloir suivre la route, trois voies de part et d'autre de la double ligne jaune. La Pacific Coast Highway n'a pas de trottoir, et nous... pas le choix. Marche forcee pres des voitures : on presse le pas. Cinquante metres plus loin, le mur d'enceinte du club prend un virage a angle droit en direction de l'eau, nous accedons enfin au sable.
Un voilier a deux mats, a peine visible dans la brume blanche montee de la mer, passe a l'horizon. Des dizaines d'oiseaux marins volent au-dessus des vagues soulevees par l'air frais. Un banc de poissons grouille sous la houle et tout ce que la plage compte de goelands est a la fete. En trombe et en rase-motte, des pelicans frolent la surface de l'eau puis reprennent de la vitesse en battant de leurs ailes souples. Des sternes virevoltent et se laissent tomber dans l'ocean comme des pierres. L'eau jaillit a chaque plongeon. Vue de la plage, la peche ne semble pas miraculeuse.
Sur le sable, seuls les pas d'oiseaux derangent les traces larges et regulieres du ratrac ratisseur. Ici et la, de rares pietons se sont avances jusqu'a toucher la frange des vaguelettes. En retrait, la promenade borde le parking. Quelques baladeurs du dimanche passent, montes sur un velo ou des roller-blades. Deux passantes, tenue athletique mais chic, lunettes noires et telephone portable, marchent avec energie - et se dehanchent dans un style peu sportif lorsque deux yuppies, tenue athletique mais chic, lunettes noires et telephone portable, viennent a les croiser. Des engins a la Leonard de Vinci zigue-zaguent sur la piste. Rejetons improbables d'une chaise longue et d'un moutain-bike, nous nous interrogeons sur la loi physique qui les maintient en equilibre. Des gamins a la Leonardo di Caprio zigue-zaguent sur la piste, mais juste pour faire les beaux.
Les clubs se succedent les uns aux autres, seul le "Members Only" ne varie pas. Terrains de basket et jeux pour enfants sur la plage, hauts batiments en bois blanc et ferroneries pres de la route. Les parents, carres dans leurs fauteuils en osier, commentent le temps frais pour la saison, la partie en cours sur le sable, les projets avortes pour le week-end de Paques car il fait tellement frais pour un week-end de Paques ! Des filets installes par grappes de quatre ou six reunissent des joueurs de beach-volley. La mode printemps/ete 2002 doit etre au fushia : lunettes aux verres miroirs fushia, short hawaien fushia, bikini fushia. Une douzaine de Japonais extraient un pique-nique gargantuesque des coffres de leurs 4x4, dont dix bons kilos de viande a griller et des hectolitres de boisson - une palette de Coca, une seconde de Sprite... A moins d'attendre des renforts, ils risquent de se donner de la peine pour rien. On se propose mentalement de leur donner un coup de main pour venir a bout des victuailles mais l'iode de l'air doit bloquer les transmissions telepathiques.
Les patineurs et cyclistes passent maintenant en continu. Nous nous rapprochons de Santa Monica. La petite falaise qui tombe au pied de la Highway perd ses airs de decharge industrielle, les premiers immeubles apparaissent, une frange de palmiers s'etire vers le ciel. Les clubs laissent le front de plage a de coquettes maisons balneaires. Etroites mais etirees jusqu'a la route, deux etages, un escalier en colimacon qui relie le toit-terrasse, la veranda et le jardin. Le bois peint gris bleu et quelques carreaux de faience donnent aux facades un petit air normand. Sur le muret qui separe la piste cyclable du chemin, des lampadaires portent un pannonceau de prevention : souriez, vous etes filme. Des familles hispanos defilent dans les rires et les cris, des baraques a frites attirent le chaland par ses promesses de gras festins, les pique-niqueurs etalent avec soin leur materiel de plage aux couleurs criardes. Deux ou trois goelands fatigues du poisson tournent au-dessus des tetes en calculant leurs chances.
Nous arrivons dans la ville : sur votre gauche, des immeubles de villegiature, sur votre droite, deux cents metres de sable et au bout, l'ocean.
Voici la jetee en bois de Santa Monica, bientot centenaire. Cette longue plateforme est juchee sur plusieurs centaines de poteaux de bois que les algues escaladent. Quelques gros piliers les pieds dans l'eau renforcent la longue avancee dans l'ocean. La passerelle d'acces est noire de monde : nous sommes arrives au lieu d'election des sorties dominicales. Il faut avouer que la jetee a de quoi attirer les foules : une fete foraine aussi bruyante et multicolore que possible y est installee. Nous passons d'un stand a l'autre de plus en plus depayses. Rien n'est vraiment different de notre bonne vieille Foire du Trone, mais rien n'y est semblable non plus. La barbapapa est bleue, les autotamponneuses marchent sans tige electrique et ce sont les enfants qui offrent a leurs parents les peluches gagnees au jeu. Quelques attractions inedites concentrent les spectateurs : un panneau de basket, un seul essai et un ballon en lot si le tir est reussi ; un pistolet a eau, une cible en spirale et une poupee Spiderman a gagner si le jet reste precis et constant ; une echelle de corde presque a l'horizontale au-dessus d'un matelas : celui qui va au bout sans se retourner remporte une enorme peluche. Entre les maneges, on trouve aussi des tatoueurs au henne, des imprimeurs de t-shirts et des tables ou les places ne restent pas libres longtemps. Glaces, pizzas, hamburgers, burritos et sodas, le gavage de soi n'a pas de repit.
Plus loin, des artistes vendent leur talent. Un calligraphe peint sur de longues et larges banderoles des prenoms aux lettres ornementees. Un "KAREN" en exposition a un R en baigneuse des annees 50 dans une posture acrobatique. Dans un "FELIPE" se dresse le palmier du i majuscule. C'est dix dollars (80F) pour les prenoms de cinq lettres et moins. A ce prix, mieux vaut s'appeler Jim, Bob ou Joe qu'Anastasia ou John Edmond Carpenter Junior. Un portraitiste a l'oeuvre attire quelques spectateurs hilares. La jeune femme qui pose en est toute deconfite. Sa figure ronde et pleine est interpretee plutot que representee par le dessinateur - il doit la prendre pour une demoiselle d'Avignon. Plus loin, un sculpteur faconne en quelques minutes la tete de son modele dans une boule de terre glaise. Silence recueilli, l'assistance est epatee par la dexterite de l'homme. Le resultat fait un peu Jivaro. Lorsque l'artiste embroche la tete sur un pic de bois, les clients se passent la main dans le cou d'un air inquiet - des fois que le sculpteur soit un peu vaudou...
Au bout de la jetee, plusieurs pecheurs surveillent leur ligne. Une galerie de photos sous verre, dans l'ancienne capitainerie, montre les grosses prises : les petits gabarits font la taille d'une jambe d'homme, un espadon atteint celle de son pecheur - un requin quant a lui, suspendu a un gibet et gueule ecrasee contre le plancher, passe allegrement les deux metres. Sur un autre mur, l'histoire du lieu est retracee en images noir et blanc. Baigneuses permanentees de 1940, playmates platines de 1950, surfeurs en maillot Tarzan de 1960, les travaux de 1970, l'afflux de touristes de 1980 et la renovation de 1990.
De part et d'autre du ponton, la foule sur la plage ne recule pas devant le fraicheur et le ciel gris. Beaucoup se baignent - et semblent meme y prendre plaisir, constatons-nous avec effarement ! Vers le large, d'autres baigneurs font le dos rond en passant sous la surface de l'eau : des dauphins, a deux cents metres de la cote...
La journee touche a sa fin, nous regardons une derriere fois le jongleur herculeen qui officie avec des boules de bowling (testees et approuvees par l'assistance) et les filles en blouson epais louchant sur les bikinis.
A nous les bus 33 et 217, il faut garder des forces pour l'apero a la guesthouse - car honni soit qui mal y but...
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