Carnet d'Asie Centrale

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Plov, vous avez dit plov ?   ( Tashkent / Ouzbekistan le 06/10/2001)

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Le plov est un des plats de base ouzbeke. Prenez un bon chaudron des familles, bien use et bien noirci. Mettez-y une demie baignoire d’eau a bouillir, puis jetez-y en pluie une brouette de riz. Lorsque ce dernier commence a etre cuit, ajoutez une bonne centaine de carrotes emincees ainsi que cinquante ou soixante poignees de raisins de Corinthe. Ajoutez de l’eau et mettez a bouillir un jarret de boeuf avec l’os et tout le toutim. Au moment de servir, remplissez un bol avec le mélange riz / carotte / raisin, decoupez un oeuf dur a diposer sur le riz, saupoudrez enfin d’aneth fraiche et d’oignon coupes tres fins.

Dites "Pajalsta" quand on vous remercie pour le bol et souriez de toutes vos dents en or : vous etes a present une vraie "mamma" ouzbeke.

début [ Posté par : Elodie | 2 commentaires] Page 9
Une journee a Tashkent   ( Tashkent / Ouzbekistan le 08/10/2001)

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A la demande de Kobus, voici une journee type a Tashkent (Ouzbekistan) qui n’en est pas vraiment une, et heureusement...

Lever 9 heures, petit dejeuner a la galette de pain (lepiochka) et au miel du bazar en compagnie de Pascal, un Francais rencontre en chemin, qui part le matin meme pour Khiva.

9h30, depart vers l’OVIR (Service des visas ouzbeks). L’histoire est un peu compliquee, mais en gros, nous avons un trou de 4 jours entre la fin de notre visa ouzbek et le debut de notre visa kazakh. Total, a moins de camper entre les deux postes frontiere, on est bon pour les emmerdes.

Metro donc, direction OVIR, avec l’idee d’obtenir une prolongation. Sur le quai, controle de la milice, classique... Notre technique anti-ripoux, la voici : nous ne sortons que des photocopies de nos passeports. Si les miliciens les saisissent, pas moyen de les utiliser comme moyen de retorsion, ils peuvent partir avec, nous ne bougeons pas de la rue ou du quai (surtout ne pas les suivrent dans quelque bureau obscure et isole !). Pour le reste, refuser poliment : "Non, je ne viderai pas mes poches, non je ne te montrerai pas mes dollars, d’ailleurs, je ne comprends rien a ce que tu dis...".

Bien souvent, apres 5 minutes a faire semblant de dechiffrer le visa, une bonne poignee de main et nous sommes libres.

10h15 (ca prend du temps tous ces controles) : l’OVIR nous invite a aller chercher un papier a "l’office du tourisme ouzbek", a l’autre bout de la ville.

Remetro, cette fois ci, nous echappons aux controles en nous cachant derriere un poteau.

12h : nous mangeons des poivrons farcis du pain et du the dans un boui-boui. C’est excellent (1300 sums pour 2 = 1.2$).

13h : a l’office du tourisme en question, apres etre passe dans 3 bureaux successifs, on nous annonce qu’il faudra payer une invitation 50$, puis 40$ de visa, chacun, pour cinq jours de prolongation !! L’office du tourisme ouzbek se revele etre un syndicat de mafieux qui vendent des bouts de papier a 50$ (25$ parce que c’est toi...), bel exemple de reconversion des services administratifs sovietiques...

15h : nous passons a l’ambassade du Kazakstan, c’est ferme, il faudra revenir demain.

17h : il faut faire des photos d’identite et des photocopies des passeport, en prevision des demandes de visas.

19h : Nous mangeons un Lagman (soupe de legumes et de nouilles) dans un boui-boui.

20h : Une pause Internet, pour lire les messages, envoyer celui (600 sums l’heure de travail hors connection, 1200 en connection).



Photo ci-contre : suite a la suggestion d’un autre lecteur, voici un paysage typique de Tashkent, une friche, un immeuble ravage, un autre en construction... Pas de centre ville, juste une gigantesque banlieue en continue, parsemee de parcs et d’avenues a huit voies.

début [ Posté par : labaraka | 0 commentaire] Page 10
Dievouchka Butterfly   ( Taschkent / Ouzbekistan le 09/10/2001)

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Dimanche, nous avons passe une tres bonne apres-midi a l’Opera, devant Madame Butterfly de Puccini. C’est la tragique histoire d’amour de la jeune Japonaise Cho Cho San, qui epouse en kimono rouge et un officier de marine americain et la religion catholique. Damnee par les siens pour son apostasie, Cho Cho San coule neanmoins des jours heureux. Mais bientot, le Lieutenant Pinkerton doit quitter le tatami marital pour partir en mission. Deux longues annees plus tard, il revient au pays du Fuji, mais son fils metis seul l’interesse, il vient l’emmener vivre en Amerique avec lui et… sa nouvelle epouse. Drame sous les cerisiers : Cho Cho San laisse l’enfant puis, desavouee, deshonoree, detronee dans le coeur et la vie de Pinkerton, elle se harakirite dans un tourbillonnement de manches et de meches, et meurt dans un spasme a se deplacer une vertebre.



Les quelques 80 personnes du public ont applaudi avec conviction la fin de chaque acte. Dans les premiers rangs, on epoussetait ses manches en commentant tessitures et orchestration. A l’arriere, on planquait les bouteilles de biere et retirait les pieds du dossier de devant. L’Opera de Taschkent a en effet ceci de sovietique qu’il se propose d’ouvrir grand les portes de l’art a tout un chacun, les esthetes sur leur 31 comme les petits couples qui cherchent a se peloter tranquilles – a 7,50 francs la place, c’est une aubaine !



Personne ne semble prendre la representation trop au serieux, le public comme les artistes. A l’eclairage, les techniciens taillent une bavette, s’interpellent d’une loge a l’autre en claquant des doigts et baladent un faisceau de projecteur le long des balcons, histoire de voir ce qu’il s’y passe. La costumiere ne recule devant aucun syncretisme et fait porter des babouches aux geishas tandis que les dignitaires nippons arborent un noeud papillon sur leur kimono. Entre deux actes, les machinistes reclouent les bouts du decor en faillite. Les ouvreuses, une fois le spectacle commence, s’egaillent dans les salons et laissent l’Opera ouvert aux quatre vents. C’est d’ailleurs ainsi que Tony le Neo-Zelandais est parti boire un coup avec Jonathan l’Irlandais et Katia la Russe, puis qu’il est revenu du bar nous monter des bieres au second balcon !



Entre deux actes, nous sommes alles rodes dans les couloirs en enfilade, les salons aux fauteuils profonds et lustres clinquants, les passages sombres et autres double portes en rideaux de velours. En plus d’un beau moment de musique et de chant, nous avons pu realiser le fantasme de tout spectateur : faire le fantome de l’Opera !

début [ Posté par : Elodie | 0 commentaire] Page 11
Ferusa   ( Taschkent / Ouzbekistan le 09/10/2001)

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Nous avons passe avec Ferusa une excellente soiree. Elle fait partie, comme Said et Jalil, recontres en Iran, d’une generation qui malgre un regime politique plutot dur, prennent de la distance (critique !) avec leur pays, parlent plusieurs langues et communiquent avec des internautes du monde entier. Voici en gros ce dont nous avons discute.



Ferusa a plus de trente ans et vit a Taschkent. Il y a deux ans, elle a quitte la maison familiale pour vivre seule : ses parents ne lui ont pas adresse la parole pendant deux mois. Ses soeurs, plus agees, y vivent toujours avec leur propre famille. En attendant de pouvoir acheter son propre toit, elle partage un appartement. Pour les Ouzbekes, la famille a encore du sens – et quel sens ! On y fait grandir les petits et les plus ages y vieillissent paisiblement. C'est parfois meme trop ; plus jeunes, Ferusa ne pouvait frequenter qui elle voulait, sa mere y mettait son grain de sel (gros grain de sel). Aujourd’hui, les jeunes lui semblent plus libres ; ils peuvent peu ou prou avoir une vie privee.



C’est que depuis 1991, l’Ouzbekistan a beaucoup change. Le 1er septembre dernier, cette jeune republique a fete ses dix ans d’existence. De la longue epoque sovietique, beaucoup de choses sont restees : le tres bon systeme universitaire, la bureaucratie pesante, les 2 x 4 voies de Taschkent, la plus russe des villes d’Asie Centrale, et la langue.

Bien que l’ouzbeke soit l’unique langue officielle, le russe demeure une langue maternelle pour beaucoup, et la quasi totalite de la population le comprend. Dans la vie de tous les jours, les discussions passent de l’un a l’autre sans transition, mais selon Ferusa, le pays perdra peu a peu le russe. Et pour cause, les Ouzbekes russes habitent pour la plupart dans la capitale, tandis que les Ouzbekes ouzbekes peuplent la majeure partie des campagnes.

Les premiers sont arrives la pendant le regime sovietique, les seconds sont les descendants des peuples d’Asie Centrale – Ouzbekes, mais aussi Tadjiks, Turkmenes ou Kazakhs. Ferusa fait partie des seconds, et nous a beaucoup appris sur les traditions ouzbekes. Ainsi, a table, on verse le the dans le bol puis dans la theiere a deux reprises pour equilibrer l’infusion, et une troisieme fois pour neutraliser les sorts qu’une personne mal intentionnee aurait jete sur vous. Ici, la magie noire passe via le the ! On ne remplit le bol qu’a moitie pour temoigner son respect pour l’invite : cela signifie qu’on souhaite s’entretenir avec lui (pas trop de the pour pouvoir parler !). Comme souvent en Asie, on offre et recoit de la main droite.

Nous avons aussi mieux compris la tenue traditionnelle des femmes ouzbekes. Elles portent des pantalons larges et une longue robe a fleurs par-dessus, en tissu brillant, parfois moire, toujours tres colore. C’est ainsi qu’elles montrent l’amour de leur mari : une femme cherie est une femme qui a de belles tenues. Une tenue voyante signifie qu’on souhaite se faire remarquer, montrer qu’on existe et manifeste le desir d’entrer en contact avec les autres. Autrement dit, avec mon pull et mon fute noir, j’ai l’air d’une ermite hermetique mal aimee !

Nous avons egalement eu le fin mot de l’histoire des dents. Beaucoup d’Ouzbekes ont des dents en or. C’etait effectivement une mode dans les annees 40, mais aujourd’hui la raison est avant tout pratique (remplacer les dents malades) et economique (c’est moins cher qu’une couronne en ceramique blanche !). Nous on trouve ca tres joli.

Il y a beaucoup de belles femmes dans les bazars, et elles ont de la poigne ! On a vu des babouchkas separer deux hommes qui se mettaient des pains en pleine rue : et que je te prends les gaillards par la veste et que je te les pousse chacun dans un coin en les engueulant comme des mouflets ! Mais si ces femmes portent le slip quand il s’agit de faire tourner la maison et le commerce, l’homme reste neanmoins le chef de famille. Et encore, Ferusa tient l’Ouzbkeistan pour le pays d’Asie Centrale le plus proche de l’Occident ; a l’epoque sovietique, on appelait meme Taschkent Zvirsda Vostoka, l’Etoile de l’Est.



Elle nous dit qu’au Turkmenistan et au Tadjikistan, les traditions ont bien plus d’emprise. Ainsi, les jeunes filles turkmenes ne peuvent pas faire d’etudes superieures. Si 95% de la population ouzbeke est musulmane, a peine la moitie est pratiquante – et encore, d’ou une societe plus ‘liberale’. Mais, revers de la medaille, cette societe, notamment depuis l’independance, est de plus en plus etiree. Les niveaux de vie sont aujourd’hui tres disparates, des plus pauvres aux tres riches. Ca se passe mal pour les plus ages qui n’ont pas la famille pour veiller sur leurs vieux jours.

Officiellement, il n’y a pas de chomage, et l’Etat semble en effet fournir des emplois a tous ses citoyens : il ya des floppees de policiers, d’employes d’administration, d’agents dans le metro... Mais ces postes sont tres peu payes : le salaire moyen est de 50 francs. Pour vivre, les gens cumulent les boulots, et cherchent a se faire embaucher par des entreprises etrangeres. C’est pourquoi le supermarche en face de notre hotel ne compte qu’environ deux clients (nous) : c’est bien trop cher pour la plupart des gens.

Comme souvent, les longues etudes ne sont pas tres remunatrices ; d’apres ce que nous avons compris, Ferusa est etudiante/chercheuse en mathematiques appliques a l’economie, mais elle fait de la comptabilite pour assurer les fins de mois.

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Bouchers ouzbeks   ( Tashkent / Ouzbekistan le 10/10/2001)

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Ils ont de grand couteaux, gonflent des intestins de mouton (encore pleins !) a l'aide d'une pipette, collectionnent les tetes de boucs et font des pyramides de pattes de betes. Ce sont les bouchers du bazar de Chorsu, ou il y a de la tripaille sur 400 metre carre, a vous faire devenir vegetarien...

début [ Posté par : Labaraka | 0 commentaire] Page 13

 


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