Carnet d'Europe

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J-1   ( Paris / France le 08/09/2001)

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Paris, samedi 8 septembre 2001

Nous partons après-demain, dans moins de 48 heures.

Malgré les billets de car Eurolines, les "à prendre" qui s'amoncellent près des sacs, la soirée Bye Bye hier et tout ce qui annonce l'imminence du départ, on ne l'avait pas encore vraiment dans la peau, cette partance.

Là, maintenant, on y est. Le rodéo des préparatifs est fini, on n'a plus que le départ en tête. Pourtant ça reste encore très surréaliste. "Faire le tour du monde" et "partir un an", c'est un peu la 4e dimension. On a du mal à mettre quelque chose derrière.



C'est heureusement aussi très réel - les sac à dos ont pour cela des arguments de poids...

début [ Posté par : Elodie | 0 commentaire] Page 1
Parle a mon gun ma tete est malade (car Paris/Sofia).   ( Sofia / Bulgarie le 11/09/2001)

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Si vous n'avez jamais tremble devant les forces de l'ordre, si les controles d'identite sont pour vous une partie de campagne et si vous n'avez jamais craint d'etre refoule, envoyez-vous un bon petit aller-retour Paris/Sofia, vous verrez, c'est fort en cacao.

Nous n'avions pourtant aucune raison de nous en faire : nos passeports sentent encore la vachette pleine fleur tant ils sont flambants neufs, les quelques visas qui y sont colles n'ont pas l'air de vulgaires faux realises au feutre sur un coin de table, notre nationalite n'est pas celle qui recueille le plus de haine de par le monde, nos photos sont si avenantes qu'on nous donnerait le bon Dieu sans confession, cette nuit-la, entre Paris et Sofia, nous avions meme l'air relativement eveille et propres sur nous malgre le sommeil en pointilles.

Cerise sur le gateau, nous n'avions ni boulette illicite enfoncee dans la doublure (n'est-ce pas le voisin de devant), ni liasses de billets de banque abritees dans un sac Franprix (n'est-ce pas la voisine de derriere), ni collection de videocassettes dupliquees (n'est-ce pas le chauffeur), et encore moins de caisse enorme pleine de Play Station (n'est-ce pas la mere de famille a l'avant du car), bref, de vrais bons p'tits gars qui ne recherchent pas l'embrouille.

Et pourtant ! Si les frontieres allemandes et autrichiennes sont passees incognito (merci Schenghen), on a tate en revanche du douanier slovene, croate, serbe et bulgare.

Imaginez un bon fonctionnaire (l'oeil torve, la poigne severe, le neurone aux aguets), investi par son Etat pour reconnaitre les gens louches derriere leur degaine de gentils touristes.
Ca vous donne un croisement entre un general en tenue d'apparat, pour les galons et les blasons, un legionnaire en tenue de camouflage, pour les sangles et les lanieres, un Ken (le mari de Barbie), pour l'aftershave et le rasage au laser, et un rottweiler tenu en laisse pour le coup d'oeil "Si ca ne tenait qu'a moi j'te mettrais un bon coup de croc dans le mollet".
Ca vous donne aussi un type qui scrute votre passeport et tout ce qu'il contient a l'endroit comme a l'envers avant de vous scruter vous-meme de bas en haut et de large en travers.

C'est pas qu'on se sente tout nu, a ce moment, mais completement a poil.

début [ Posté par : Elodie | : Carte Europe Centrale | 0 commentaire] Page 2
Calamity Lili   ( Sofia / Bulgarie le 11/09/2001)

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Apres une trentaine d'heures de car, nos petites jambes ankylosees sont plus que ravies de fouler enfin le trottoir bulgare. Le car s'est arrete a deux pas de la "Gare Centrale de Sofia" (en francais sur la facade), non loin du centre-ville. Une nuee de taxis s'abat illico sur les passagers qui les repoussent d'un geste de la main, bien trop occupes a retrouver leurs bagages dans la pagaille des soutes. Les familles se retrouvent, melent les larmes et les bisous, enfournent les sacs dans le coffre de la voiture et rentrent a la maison. Snif, pour nous cette arrivee est un depart, et seuls les taxis et les proprietaires d'hotels nous ouvrent grands les bras.

Sur le trottoir de Sofia, nous prenons conscience que c'est parti, que nous sommes partis, que l'aventure commence...
Et en fait d'aventures, ca commence tres fort ! Lili, une de nos voisines du car, deboule tout a coup en se tordant les mains et en roulant des yeux. Elle nous met sous le nez son sac a main beant et vide et annonce tragiquememt : "Vous voyez !".

Il faut dire que depuis Paris, Lili nous met en garde contre ses compatriotes, qui d'apres elle ne sont qu'un ramassis d'escrocs, de voleurs et de profiteurs. Elle-meme d'ailleurs ne vit plus en Bulgarie depuis une dizaine d'annees. Elle s'est installee a Paris et travaille pour un restaurant russe des Champs Elysees, ou elle chante pour les clients.
Cette fois-ci c'est un aller simple pour Sofia qu'elle avait pris, et ramenenait toutes ses economies, en liquide. A la frontiere yougoslave, lorsque le chauffeur passe relever les sommes en cash transportees par chaque passager (declaration obligatoire), elle recompte avec flegme des liasses de billets de 200 francs. Louis, qui avait une vue plongeante sur le magot, estime que le pactole compte cinq zeros.

Il y avait donc de quoi rouler des yeux, se tordre les mains et annoncer d'une voix tragique "Vous voyez !"... Quand elle ouvert son sac a main pour y prendre le ticket de la valise, tout y etait, et l'instant d'apres, plus rien ! La catastrophe pour Lili, qui maudit aussi sec le pays et tout ce qu'il compte...
Nous, desoles pour elle et un peu refroidis par ces premieres minutes, verifions fermetures eclair et clips de nos sacs a dos, sait-on jamais, des fois que. Le choeur unanime des sites persos, du Guide du Routard et meme des Bulgares du bus serait donc dans le vrai ? Le vol a la tire serait sport national ? On en etait a regretter de ne pas avoir acheter plus de cadenas quand pour la seconde fois Lili a leve les bras au ciel et roule des yeux.

Elle etait tout sourire dans les bras du chauffeur, qui pour meriter tant d'adoration subite n'avait eu qu'a se pencher et ramasser entre deux valises le contenu du sac a main...

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From Sofia with love   ( Sofia / Bulgarie le 13/09/2001)

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C'est d'une eglise ancienne que Sofia tient son nom. Elle faisait tant la fierte de ses paroissiens qu'au XIVe siecle, hop, ni une ni deux, ils baptiserent leur bourg de son nom. Sofia n'a ete promue capitale qu'a la fin du XIXe, lorsque le pays recouvre son independance, apres avoir ete occupe par les Turcs pendant plusieurs siecles.

L'eglise Sainte Sofia, situee rue de Paris, est a l'image de la ville : malgre son air "de briques et de broc", c'est un lieu qui recele des monceaux de details et un condense d'histoire urbaine. La taille en ogive des fenetres par exemple rappelle qu'a l'epoque turque on priait ici Allah et non le Christ. Les murs de briques rouges en petite forme sont panses avec des seaux de platre etale a la truelle.

Tout Sofia evoque une ville developpe a la va-vite a partir de rien ou pas grand-chose. Les principaux edifices sont ou tres anciens (fondations antiques qui accueillent aujourd'hui une galerie marchande), ou tres recents (les superbes eglise Sainte Dimanche et cathedrale Alexandre Nevsky) datent du siecle dernier. L'histoire de cette derniere est assez curieuse : plutot qu'un lieu de culte, c'est un "Monument-Hommage" a la memoire des soldats russes tombes en 1877 et 1878 pour la liberation de la Bulgarie, qui a ete construit grace a une souscription lancee aupres de la population. Les Bulgares devaient etre super contents ou super forces de mettre la main a la poche parce que les architectes n'ont pas lesine...

La plupart des grands monuments de Sofia refletent tout a la fois "l'influence" sovietique du XXe siecle et la chute du communisme. Ainsi, le curieux Centre National de la Culture est un edifice massif, tres gris, tres grand, pose sur une place gigantesque et vide, qui accueille aujourd'hui des dizaines d'echoppes et, de temps a autres, des expositions. Entre les "Refreshment Rooms" et les "Private Lounges" a louer pour des receptions privees, on se demande ou l'Etat case ses actions culturelles.

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Yvan   ( Sofia / Bulgarie le 14/09/2001)

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Meme apres trois jours passes chez Yvan, difficile d'imaginer ce que peut etre sa vie. 18 ans, une famille boiteuse (une mere et une grand-mere), un trois pieces dans un immeuble ravage de la banlieue de Sofia, pas d'etudes, pas de travail, et 9 mois d'armee comme seul perspective.
D'ou vient le peu d'argent qu'ils ont ? Comment occupent-ils leurs journees quand ils n'accueillent pas deux petits voyageurs detraques par 36 heures de car ?
Un appartement, donc, une vieille tele myope, un petit balcon avec linge et poivrons qui sechent et vue sur terrain vague, un petit lopin en montagne qui produit fruits et legumes.

Il faut dire que la conversation n'est pas tres fluide ; russe, francais, bulgare, anglais, gestes, tout se melange...

Lorsque nous rentrons le soir de nos peregrinations avec Yvan a sofia et aux alentours, nous mangeons sur la table basse du salon, sans la grand-mere qui semble (de)jeuner a la cuisine. Et puis, Yvan raconte en bulgare la journee a sa mere qui s'amuse et qui le questionne.

Comment les remercier de leut gentillesse, leur hospitalite ? C'est un sujet qui nous a preoccupe pendant 3 jours. Yvan elude lorsque nous posons la question. L'argent nous paraissant indecent, nous optons pour de bonnes grosses courses dans un magasin tout proche. Le geste a l'air d'etre apprecie, meme si la grand-mere pousse des cris en voyant une brique de lait UHT : il y a une vache dans le coin qui donne du lait a tout le bloc. Nous n'arriverons pas a savoir su les caves ont ete transforme en etable...

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