|
|
| |
Carnet d'Extrême Orient
|
|
Choisissez un pays:
|
Ordre d'affichage :
|
|
|
| Comment devenir cool
( Bangkok / Thailande le 26/01/2002)
|
|
|
Vous etes moche ? Intello ? Has been ? Prenez un aller simple pour Bangkok, La Mecque des travellers, et rendez vous directement a Kao San Road, la Kaaba des backpackers, l'usine a routards.
Entree de la rue : profitez de vos derniers instants de vie grise et anonyme. Dans trois cents metres, vous serez un nouvel etre.
1- les dreadlocks.
Coupe au bol, raie a droite, meche ondulee acheucee, tout est rattrappable, il suffit de confier sa tete aux tortilleurs de cheveux, qui creperont ce que vous avez deja et vous fixeront des rallonges plus vraies que nature. Voila, vous ressemblez a Bob M. de dos. Oubliez le peigne, la main dans les cheveux et le Pento, pensez juste a glisser un peu de shampooing au niveau des racines de temps en temps.
1 bis - les tresses africaines.
Ca evite de tout raser lorsque les cheveux commencent a fouetter severe. Passer sans transition du look rasta au look GI peut s'ensuivre de prejudices psychiques importants.
2- le tatouage.
Essentiel. Vous n'y couperez pas. Autant les tortilleurs de dreadlocks vous ont un peu tire les cheveux, autant le tatoueur vous fera acceder par la douleur a votre nouvelle identite cool - traduction a l'usage des normaliens et des universitaires : a l'instar des tribus de Nouvelle-Guinee, le tatouage est un rite initiatique dont la portee physique souligne l'accession psychique et identitaire a un nouveau Soi.
Laissez vous guider par les photos affichees dans le magasin pour choisir votre motif et son emplacement.
Pour les messieurs, nous recommandons particulierement le motif gothique de la cheville au genou, l'animal totem derriere l'oreille ou la manchette cybernetique qui englobe l'omoplate, l'epaule et le biceps (si biceps).
Pour les dames, le motif gothique horizontal de par et d'autre de la colonne vertebrale, juste au-dessus du slip, est tres en vogue. Le petit motif solaire ou chinois a la cheville ou sur le pied est egalement assez couru.
Si vous decidez de faire original, restez tout de meme dans les principes du Cool. Votre tatouage doit imperativement etre de couleur noire, d'inspiration gothique, maori ou asiatique, et surtout VISIBLE. Sinon, a quoi bon, hein !
2 bis - le tatouage au feutre.
Nous avons tous nos petites faiblesses, on vous pardonnera votre peur panique de l'aiguille si vous palliez le prejudice esthetique par une composition ephemere. A renouveller aussi souvent qu'il le faudra, ca va de soi. Ne snobez pas la douche pour faire des economies, l'odeur de fauve n'est pas tres cool.
Par ailleurs, le tatouage au henne est un bon intermediaire pour ceux qui hesitent encore a s'engager tout a fait dans la voie du Cool. Si vous craignez de vouloir revenir un jour a votre vie grise et anonyme, mieux vaut eviter l'irremediable. Non mais songez-y, vous imaginez-vous reellement en slip de bain, l'an prochain, a La Bourboule, avec la glaciere, le parasol, et un effroyable dragon de bas en haut du dos ??
3- les piercings.
Un seul ne suffit pas, c'est un fait. Tout le monde en a un aujourd'hui, meme des etudiants en gestion des entreprises, c'est dire. Il vous en faut donc PLUSIEURS.
Le seul moyen de limiter le nombre de piercings est d'en faire faire des spectaculaires. Un sur le teton et un autre sous la levre inferieure suffisent, tandis que des classiques tels que le haut de l'oreille, l'arcade sourcillere, le nombril ou le nez doivent etre additionnes pour faire sourciller le bourgeois.
3 bis - les piercings factices.
Toujours vous et votre peur panique des aiguilles ! Il existe fort heureusement des piercings maintenus par un aimant. Attention a celui dans le nez si vous respirez fort. Le piercing au lobe pulmonaire n'epatera que les specialistes qui s'occuperont de vous aux urgences. Limitez-vous aux lobes auriculaires.
4 - les accessoires.
Les essentiels :
- bague de doigt de pied. Au moins une, les messieurs aussi.
- les colliers maoris a grosses perles. Au moins deux. Les messieurs font bien de les choisir avec une dent de requin, ca fait plus viril. Si vous avez du bagout, vous pourrez meme raconter l'apres-midi ou vous l'avez arrachee sans anesthesie a un geant de quatre metres.
- le bracelet de cheville qui fait gling gling. Plutot pour les dames.
- les lunettes de soleil, ou bandeau ou 70's.
- le sac de bonze.
- le lecteur MP3, achete discount a Singapour.
- le pendentif mysterieux, dont vous ne voulez pas trop expliquer l'origine pour ne pas rendre les autres jaloux.
- le cocktail ou la biere, de bon aloi des 10h a.m. jusqu'a plus d'heure.
5 - l'apparence vestimentaire.
Messieurs : un t-shirt a motif qui montre que vous etes sorti de Bangkok : l'etoile rouge vietnamienne, le "Danger, mines" du Cambodge sont pas mal. La tunique indienne est tres bien cotee - c'est plus loin. Si vous etes une feignasse, on trouve tout cela dans certains magasins de la rue. Un pantalon de pecheur thailandais. Des tongs.
A proscrire : les mocassins, les chaussettes dans les sandales, les bermudas, la montre recue lors de votre premiere communion.
Dames : un debardeur un peu destroy, voire deux l'un sur l'autre. Un pantalon de pecheur ou une robe baba-cool. Des tongs.
A proscrire : les chemisiers, les jupes plissees, les jupes-culottes, les serre-tetes.
Voila, si vous avez scrupuleusement suivi ces conseils, vous avez desormais l'air cool. Partez sans plus tarder dans une ile du sud pour mettre au point votre bronzage.
Pour parfaire votre formation, nous vous invitons aussi a regarder les huit films americains diffuses chaque jour dans les cafes a routards, ou vous pourrez non seulement acquerir les rudiments de la langue Travellers ("Hey man", "What are you doin' ?", "Want a beer ?") mais aussi vous faire de nouveaux amis cools.
Une nouvelle vie commence, cool, non ?!
|
|
|
|
|
| Comment devenir riche
( frontiere / Cambodge le 23/01/2002)
|
|
|
C'est très simple : il vous suffit de rassembler un grand nombre de touristes dans un bus puis, une fois qu'on les a sous la main, de les amener à dépenser leurs sous.
* Oui, mais comment mettre des touristes dans un bus ?
Organisez un transport entre deux destinations très touristiques, par exemple Angkor au Cambodge et Bangkok en Thaïlande.
* Oui, mais comment mettre beaucoup de touristes dans le bus ?
Proposez un tarif très attractif, par exemple quatre dollars le trajet.
* Oui, mais ensuite ?
Ensuite, trouvez un endroit stratégiquement situé sur le trajet, par exemple un grand restaurant-bar avec une jolie terrasse qui peut accueillir et servir beaucoup de monde à la fois.
Une fois le lieu trouvé, enfermez-vous le temps qu'il faudra avec le patron dudit lieu pour discuter du montant de votre commission sur les consommations (boissons, glaces, cigarettes, plats, change...).
Au besoin, épousez sa soeur : le business se fera en famille, c'est mieux pour tout le monde.
Si vous ne trouvez pas de lieu stratégique ou si le patron est obtus, créez vous-même le resto et mettez à sa tête un sous-fifre bon en gestion.
* D'accord, mais après ?
Pour que le touriste consomme beaucoup, il faut qu'il attende. Un touriste qui attend s'embête, un touriste qui s'embête consomme :
- "Tiens et si je me tapais une petite glace pour fêter mon arrivée en Thaïlande ?"
- "Bon, je vais commencer à écrire les cartes postales, autant commencer par les corvées."
- "Hello miss, can I offer you a coffee ?" ("Salut poupée, j't'offre un café ?")
- "J'ai comme un petit creux..."
* Bien, bien, mais cela suffit-il ?
Plus le touriste attend plus il consomme, il est donc nécessaire d'organiser votre affaire de telle sorte que le touriste attende BEAUCOUP, et surtout qu'il SACHE qu'il va attendre.
Un touriste dans l'expectative ne consomme pas :
- "Si je commande ce plat alléchant et que le bus arrive, je l'ai dans le baba !"
Il est donc particulièrement judicieux de faire savoir au touriste qu'il a tout son temps pour consommer :
- "The bus is late, maybe one hour." ("Le bus est en retard, peut-être une heure.")
Réaction immédiate :
- "Bon ben je vais me jeter ce plat alléchant derrière la cravate."
* Et pour les sceptiques qui ne croient pas au retard du bus ?
Ce public délicat doit être traité avec égard : il suffit que le touriste ait un doute sur l'authenticité des informations diffusées pour qu'il ne consomme pas :
- "Pfff, ils disent toujours ça, je suis sûr(e) que le bus va être à l'heure..."
Organisez donc votre affaire de telle sorte que les sceptiques puissent vérifier DE VISU que ça va être long.
Il est judicieux par exemple d'amener les touristes au resto où le bus doit venir les chercher par PETITS groupes. Soixante personnes transportées par dix à raison de quinze minutes par trajet, ça prend du temps.
C'est pourquoi l'emplacement idéal du resto se situe à proximité de la frontière. Les premiers à finir leurs formalités douanières sont amenés au resto, ils voient bien qu'il y a cinquante personnes à attendre, et hop ils consomment. Idem pour les suivants.
* Ca me semble intéressant, mais comment se faire encore plus d'argent ?
Une fois que tout le monde a pris un apéro, un plat, une glace, un café, des cigarettes ou des cartes postales, soit deux bonnes heures après l'arrivée des premiers touristes et une bonne heure après l'arrivée des derniers, exploitez le subterfuge suivant.
Demandez au chauffeur du car, garé depuis le début à quelques centaines de mètres de là, d'amener son bus sur le parking du resto. Aussitôt, les touristes se lèvent, prennent leur sac et s'avancent comme un seul homme.
C'est alors qu'il faut jouer finement : laissez les portes du bus fermées et demandez à un sous-sous-fifre d'effectuer diverses tâches telles que nettoyer le par-brise et les retroviseurs, asperger le moteur au jet d'eau, ramasser les bouteilles vides et papiers laissés par les précédents passagers etc.
Au bout d'un moment, les touristes s'impatientent.
Petite astuce : faire garer le car en plein soleil : le touriste s'impatiente et EN PLUS il a chaud.
* Et ?
Et attendre : certains reviendront d'eux-mêmes au bar commander quelque chose à boire :
- "J'en ai marre d'attendre, et en plus il fait chaud, on va se taper un coca ?"
Pour faire plier les plus récalcitrants, annoncez que le bus part à l'heure pile s'il est la demie ou moins, ou bien qu'il part à la demie s'il est l'heure pile ou moins.
Vous verrez, peu résisteront à la perspective de passer trente minutes sous le cagnard.
* Et pour finir ?
Lorsque la majorité des touristes ont acheté leur boisson, demandez au chauffeur de faire démarrer le bus - et peu importe qu'il soit la demie ou l'heure pile. Faites coucou vers le bus qui s'en va... et allez prendre votre part de cash.
NDLR : toute ressemblance avec des gens ou des circonstances ayant existés serait bien évidemment tout à fait fortuite !
|
|
|
|
|
| Rencontre d'un autre type
( Siem Reap / Cambodge le 22/01/2002)
|
|
|
Personne n'en parle, et pourtant l'humanite toute entiere est concernee par ce qu'il se passe a Angkor. Il ne fait desormais plus aucun doute que ces temples de onze siecles sont un lieu de communication avec les extraterrestres. Lisez plutot ce qui suit.
Cinq heures du matin. Alors qu'il fait nuit noire et que les honnetes gens dorment, d'etranges processions se forment dans les rues. Des hommes et des femmes quittent leurs maisons, laissant tout derriere eux, et s'en vont comme mus par un appel secret. A la sortie de la ville, les colonnes convergent vers Angkor.
Les uns derriere les autres, ils gravissent des pieds et des mains les escaliers anciens, etroits et pentus, qui menent jusqu'au sommet des temples. La, d'autres appeles les attendent debout, les yeux tournes vers un point du ciel. Certains vont et viennent d'un pas mal regle, l'esprit ailleurs. Ils ne se connaissent pas et pourtant se reconnaissent, a travers des signes, des sourires, quelques mots : tous savent qu'ils attendent la meme chose. Au mouvement brusque de l'un, a sa bouche ouverte sur un cri muet, chacun se dresse tant qu'il peut, tourne vers ce qui arrive. Bientot les premiers rayons les touchent, le disque tant attendu apparait lentement dans un gigantesque halo de couleurs : la journee commence...
Pour etre vous aussi un elu, il vous faudra vous acquitter de vingt, quarante ou soixante dollars (tickets valable un, trois ou sept jours) au peage d'Angkor.
Angkor est un endroit etonnant, a mille lieues du "Disney khmer" que l'on pourrait craindre. Les temples sont eparpilles dans un vaste morceau de campagne et de foret, un coin superbe qui pourrait etre classe Parc national. Perroquets et autres oiseaux de paradis, singes, arbres centenaires au tronc blanc argent, la balade vaut presque la visite des temples. D'ailleurs on ne peut guere voir les uns sans voir les autres : vieilles pierres et vieilles branches sont etroitement intriquees les unes dans les autres. L'exemple le plus connu est Ta Phrom, ou les arbres degoulinent comme des bougies fondues sur les vestiges du temple.
|
|
|
|
|
| Train de senateur...
( Battambang / Cambodge le 20/01/2002)
|
|
|
5h40. Le jour se leve a peine, on commence a distinguer le quai trop court, l'unique train de marchandises et le lac borde de bananiers qui jouxte la gare de Phnom Penh.
Le train quotidien pour Battambang part a six heures. Train de passagers les jours impairs, convoi de marchandises les jours pairs. Ce 20 janvier, nous nous hissons donc dans un wagon a bestiaux, celui qui semble le moins plein. Le billet coute l'equivalent de trois dollars. Il donne le droit de s'asseoir par terre, le cul dans la poussiere de ciment, et, pour ceux qui en ont un, d'accrocher son hamac a la charpente - ils n'imaginent pas encore leur mal de mer, passee une demi-heure...
Heureusement, pour prendre l'air il suffit de grimper sur le toit. C'est le repaire des voyageurs les moins fortunes. Ils devront malgre tout verser leur obole au vague controleur en short et en tongues : il deambule et saute de wagon en wagon, insensible aux cahots qui menacent de le jeter trois metres plus bas dans la riziere. Meme si le toit bombe rend la circulation (autant que la sieste !) perilleuse, c'est l'endroit le plus agreable pour apprecier le paysage,. Les quatres portes du fourgon sont squattees par les bonzes et les mutiles qui, comme vous le savez, sont legions dans le pays.
Les toilettes : ne cherchez pas, il n'y en a pas. A chaque arret, les hommes courent aux buissons les plus proches tandisque les femmes s'accroupissent sous les wagons. Si le train redemarre trop tot, pas de souci (du moins pour les hommes !) on rattrape le wagon en quelques foulees.
Si l'on peut donc monter en route, on peut aussi en descendre ! Deux types se sont jetes du train sous nos yeux, sans doute pour s'epargner quelques kilometres.
19h00. Douze heures ont passe, nous arrivons a Battambang bien poussiereux mais pas trop decoiffes : 30 km/h de moyenne...
|
|
|
|
|
| On dirait le sud
( Sihanoukville / Cambodge le 14/01/2002)
|
|
|
.. et c'est le sud, aucun doute : ca ressemble aux brochures du Club Med et aux albums photos des luneurs de miel, comment dire, c'est paradisiaque. Sihanoukville porte le nom du roi du Cambodge - qui n'a pas toujours ete roi, puis qui l'est redevenu, une histoire rocambolesque, abracadabrantesque diraient certains (du retournage de veste precise Louis).
|
|
|
|
|
|
|
|