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Visite de l'Hôpital de la Charité
d'Oulan-Bator
Mongolie - été 2003
I. Introduction :
La Mongolie a durement subi l'arrêt du soutien financier
et énergétique de la Russie en 1991. Il en a résulté
une crise économique majeure qui dure encore : on estime
aujourd'hui que 43% des Mongols vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Même si la population mongole se modernise peu à peu
(le panneau publicitaire ci-dessous en témoigne), le mode
de vie est resté très traditionnel et très
rural. Il subsiste y compris dans les banlieues tentaculaires d'Oulan-Bator,
constituées de yourtes et de rustiques cabanes en bois.
L'hôpital de la charité, tenu par deux religieuses
arrivées à Oulan-Bator il y a sept ans, est le seul
hôpital gratuit de Mongolie.Plus qu'un centre de soin, il
accueille plusieurs activités : l'hôpital à
proprement parler, un petit orphelinat, un service de soupe populaire
et un projet de centre d'accueil pour déshérités
dans le village de Rorot.
L'hôpital, l'orphelinat et la soupe populaire sont groupés
derrière la mairie du district, à 5 km du centre ville,
dans des locaux cédés par les autorités locales.
II. L'activité hospitalière :
En ruine à l'arrivée des surs, l'hôpital
est aujourd'hui en bon état (les GI américains ont
refait toute la toiture !). Une aile du bâtiment est en attente
de travaux...
Il comporte une pharmacie et un bloc opératoire. 20 000
consultations sont effectuées tous les ans et 250 000 US$
de médicaments sont distribués.
Les employés, à l'exception des surs Marie-Dominique
et Marie-Françoise, sont mongols. Leur salaire est assuré
par les autorités locales. Si les surs ont eu, à
l'origine, une activité médicale pure, elles semblent
aujourd'hui avoir essentiellement un rôle de gestion et d'organisation.
Elles tiennent l'affaire avec une main de fer et distribuent les
directives en mongol !
L'hôpital accueille de nombreux patients atteints de maladies
chroniques, qui n'ont pas les moyens d'accéder à des
soins réguliers payants.
Les patients sont issus, pour la plupart, de la classe la plus
défavorisée d'Oulan-Bator : les " gens des trous
". Ils sont ainsi nommés parce qu'ils vivent 8 mois
par an dans des cavités sous les trottoirs. Et pour cause
: l'hiver, la température extérieure tourne autour
de -30°C ! A la sortie d'Oulan-Bator, sur la route de l'aéroport
se trouve une usine construite par les Soviétiques qui fournit
de l'eau chaude à l'ensemble de la ville. L'eau sous pression
à 130°C est distribuée par un système de
canalisations qui parcourt tout Oulan-Bator. Afin d'effectuer la
maintenance sur les conduits, de nombreux regards sont répartis
le long du réseau, constituant ainsi un ensemble de réduits
sommairement chauffés. Ces " trous ", où
règnent promiscuité et absence totale d'hygiène,
font en moyenne 10 m² et accueillent des familles entières.
De ces conditions de vie extrêmes découlent de nombreuses
pathologies :
o rachitisme
o gelures - nécroses
o brûlures
o méningites tuberculeuses
o d'une manière générale, toutes les formes
de tuberculose
o alcoolisme et conséquences de l'absorption du méthanol
issu de l'alcool de bois importé de Chine.
D'autres pathologies sont fréquemment rencontrées
à l'hôpital. L'une d'elle en particulier intrigue les
surs : depuis qu'au sel de table est ajouté de l'iode,
les cas d'hypothyroïdie sont devenus rares, mais l'hyperthyroïdie
a fait son apparition et demeure inexpliquée...
En dépit du soutien de " Pharmaciens sans frontières
", l'hôpital manque de médicaments et d'équipement.
Plus particulièrement, les surs font état d'un
manque de matériel de pansement (les brûlures et les
nécroses en consomment beaucoup), de perfusion et d'injection.
Sur Marie-Dominique fait également remarquer qu'il
n'existe qu'un seul appareil de dialyse dans toute la Mongolie et
elle souhaiterait que l'hôpital en ait un.
III. La soupe pop' :
La soupe populaire est financée en totalité par les
religieuses et leur communauté. Dans un réfectoire
de 30 m² en cours de rénovation, le personnel sert 1
repas par jour tous les jours sauf le dimanche.
Les surs nous informent que l'hiver, 400 assiettes peuvent
être distribuées en un repas. Lors de notre visite,
une coupure de courant a rendu impossible sa préparation.
C'est, paraît-il, récurrent. Sur Marie-Françoise
n'imaginant pas brûler deux arbres pour faire cuire l'énorme
chaudron, le repas est dans ce cas annulé...
Dans la file d'attente, les surs patrouillent et font la
chasse à l'ébriété. Enfants, adultes
et vieillards, tous les âges sont représentés
dans les rangs.
VI. Le village d'accueil de Rorot :
1. Repères géographiques
Situé à 20 kilomètres d'Oulan-Bator, en bordure
de la ligne de chemin de fer, le village de Rorot a été
choisi pour implanter un centre d'accueil pour " gens des trous
". Le village lui-même est déjà largement
sinistré, puisqu'il se trouve à proximité d'une
ancienne mine de charbon désaffectée. Le chômage
y est important et les transports vers Oulan-Bator trop coûteux
pour que les habitants aillent travailler dans la capitale (500T
= 0,40 euro). La mine est encore exploitée sauvagement par
les enfants, avec tous les risques que ça implique...
2. Le projet
Il s'agirait d'accueillir les " gens des trous " dans
un village de yourtes, mais également de les réinsérer
en leur apprenant un métier (la joie par le travail ! Magistralement
illustrée par Romain sur
cette photo).
Ce projet est entièrement financé par les surs
et leur communauté.
3. Description
Aujourd'hui : la palissade de 1 kilomètre de long qui entourera
le village est pratiquement terminée. On l'aperçoit
éclairée par le soleil couchant sur la photo ci-dessous.
Les cabanes et les yourtes à l'extérieur constituent
le village de Rorot à proprement parler. Un puits d'eau potable
est en cours de forage au centre du camp.
Dès octobre : les premières yourtes seront installées
et prêtes à accueillir les premiers habitants.
A terme : une soixantaine de yourtes sont prévues, un dispensaire,
des yourtes-ateliers (travail du bois, du métal, couture),
une école, un réfectoire, un centre de désintoxication
(qui semble s'imposer peu à peu) et... une chapelle.
4. Besoins et missions
Les ateliers restent à équiper. Il manque donc les
outils, tours à bois, machines, etc...
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